Dessins de presse : L’encre, un venin humoristique ?

mercredi 12 octobre 2011

Des centaines de musulmans morts. Des ambassades danoises et représentations diplomatiques occidentales incendiées. Un Somalien, armé d’une hache et d’un couteau, s’introduit chez le caricaturiste danois Kurt Westergaard. La cause : 12 dessins publiés en 2005 dans le quotidien Jylllands-Posten caricaturant le prophète Mohammed. Les dessins avaient fortement irrité le monde entier et particulièrement le monde musulman. En Islam la représentation du Saint Prophète est interdite et de surcroît si on lui fait porter une bombe au lieu d’un turban.

Ecouter l’avis de Dilem sur le sujet

En Afrique du Sud, dans une caricature, une jeune femme représentant la justice sud africaine est tenue par des membres de l’ANC, le parti au pouvoir. Le président Jacob Zuma, une douche sur la tête, braguette déboutonnée, s’apprête à la violer. En 2008, suspecter de viol mais par la suite acquitté, Zuma avait affirmé avoir pris une douche pour éviter d’avoir le Sida. Il avait eu un rapport sexuel non-consenti avec une jeune dame atteinte du VIH. La caricature de Jonathan Shapiro, dit Zapiro, croquant ce fait, a crée un grand tollé. Vu ces faits, une question mérite d’être posée : est-il possible de tout caricaturer ?

Ecouter l’opinion de Glez

Le Français Tignous, l’Algérien Dilem, l’Allemand Thomas Plassmann, l’Ivoirien Karlos, les Burkinabé Glez ou Timpous présent au Festival international de la caricature et du dessin de presse de Ouagadougou au Burkina Faso, du 10 au 21 octobre, affirment que la caricature dépeint des faits. Et pour eux, elle est source d’émotions. Cette émotion engendre toujours une prise de conscience. « La caricature, soutient Dilem, auteur de plus de 10 milles caricatures, est un droit ». « Un droit constitutionnel qui renforce la liberté de presse » insiste Me Bénéwendé Sankara, avocat et homme politique burkinabè.

Néanmoins, le Ministre de la Culture burkinabè, Baba Hama, appelle les cartoonists à la réserve. Pour lui, tout ne peut pas être dit même si à priori on peut rire de tout. Le caricaturiste Français Tignous, lui, a une autre vision : la caricature est exempte de tabou. Et Sarkozy en sait quelque chose. Plus le président français commet des « gaffes, » plus il lui met un grand nombre de mouches sur la tête et vis-versa.

Pourquoi, parce qu’il « ne saurait avoir une limite dans l’expression d’une idée ou d’un sentiment » dit Abdoulaye Diallo, Directeur du Centre National de presse Norbert Zongo. Il souligne que « choquer est une façon de revendiquer une liberté de presse ». Pour lui, le citoyen se sent venger lorsque la caricature démystifie un président et son pouvoir. Et « on s’en fou si ça ne plaît pas vraiment à certains », renchérit Dilem qui a plus d’une cinquantaine de procès sur le dos.

Le mécontentement que les caricatures peuvent engendrer peut être très lourd de conséquences. Au mieux, elles sont monétaires. Pour la caricature le montrant prête à violer la justice, Zuma a traîné Zapiro en justice et lui a réclamé 5 millions de rands (510.000 euros). Au pire, elles portent atteinte à la vie. Le cartoonist libyen, Kaïs, a été abattu par un sniper en mars dernier. Il peignait, affirme Damien Glez, un portrait mural de Kadhafi.

Dans d’autres situations, la peur habite certains caricaturistes. En Égypte, avant sa chute, représenter, le président Moubarak était dangereux. Mais la caricature étant innovation, son nez était la partie que Okasha croquait le plus. Au Burkina Faso, Le « Journal du Jeudi : JJ », précurseur du dessin humoristique a été convoqué par le Conseil supérieur de la communication. Son crime : avoir présenté des parties génitales masculines. Pourtant, affirme Glez, cela a eu lieu à un moment où il avait une psychose sur une prétendue disparition de sexes.

Si le malaise emporte nombre de présidents africains lorsque que caricaturés, un certain nombre pourtant apprécie. Et Nelson Mandela est de ceux-là. Informé que les productions de Zapiro n’apparaitraient plus dans un quotidien du Cap, Mandela passant un coup de fil à Zapiro, lui a exprimé toute son admiration. Même si le cartoonist s’est dit surpris, il a admit que Mandela est l’un des rares à apprécier son travail. Pour Dilem, il n’y a pas lieu d’être offensé par un dessin, il « participe à l’encrage démocratique. »

Ecouter l’appréciation de Dilem


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