Saidou Nagréongo, le sauveur de l’Est et son bébé sorcier ?

lundi 21 novembre 2011

Saidou Bikienga, dit Saidou Nagréongo, depuis plus de 20 ans soigne diverses maladies. Sa renommée a débordé les frontières du Burkina Faso. Son leitmotiv, soigner au nom du Seigneur. Sa devise, l’honnêteté. Sa récompense, des dons en nature, en espèces, de nombreuses épouses et plusieurs progénitures.

Le cri de Ahado transperce la foule assise à l’ombre des hangars. Tous les regards se tournent vers lui. Eloigné de près de 20 m du public, le bébé, garçonnet de 21 jours, la tête vers le sol, gigote. De ses mains, il bat l’air. Essaie de s’agripper. A quoi ? Personne ne le sait. Ses cris redoublent Il veut relever la tête. Impossible. Curieuse, la foule, assise à même le sol, regarde Ahado. Les pieds de ce dernier, maintenus ensemble et fermement par la main gauche de l’aide soignant, observent le soleil. Sa douce peau reçoit les rayons de l’astre. Seul sa culotte jaune, cache son intimité. Sa voix étranglée, par les sanglots pénètre le sol. Puis, son corps se met à frémir. Le petit être, comme une feuille tremble.

En direction des deux hommes, parviennent depuis l’abri de paille où se trouve la foule, de grands bruits de succions. Les succions régulières percent le silence. Le vent, léger et tiède les transporte près de l’aide soignant. Le bébé, soudain arrête de crier. A la demande du guérisseur, la mère, avalée par la foule, se libère, court. Le pagne traînant, elle se dépêche. Elle franchit en moins de 30 secondes le trajet de 20m, prend son enfant des mains de l’aide-soignant, et reviennent ensemble vers le soigneur. Ce dernier, arrêté, le torse luisant, le pantalon bleu marine à rayure blanche, lance à la mère : "Tu peux partir. Tout est maintenant fini". Le bébé dont aucune larme n’est sortie des yeux, regarde serein. Tournant les talons, la mère le met à son flanc gauche et s’en va, satisfaite.

Lire le passé pour sauver le malade
14h 03mn. En ce dimanche 12 novembre, ce rituel est le premier des médications données. "Dans cette foule ; il y a une personne qui exige que l’on commence les soins par elle. Sans cela, aucune autre ne peut en bénéficier", révèle le guérisseur. Le public surpris, cherche des yeux. Personne ne parle. Personne ne se désigne. Saidou, assis dans sa chaise traditionnelle faite de bâtonnets réunis par des cordelettes de cuir, répète ses propos. Les vieillards, notables du village qui l’entourent, suivent son regard. Mais ils ne semblent rien voir. "Toi à l’angle, avec le bébé, c’est de toi que je parle. L’enfant, t’appartiens-t-il ?", interroge, le guérisseur. "Oui, c’est mon fils", répond la mère. "Cet enfant veut tuer sa mère. Et chaque nuit, il le lui fait savoir. N’est-ce-pas vrai ce que je dis là ?", questionne Saidou, le thérapeute. La mère de Ahado confirme les propos de ce dernier et se met à raconter. "Et chaque fois que je veux manger ou boire, il me l’interdit. Les nuits, je n’arrive plus à dormir. Lorsque je me confie à une personne, il le sait et à mon retour, il me menace de mort…". Sa belle-mère corrobore ses dires. Le père de Ahado certifie. "Veux-tu que je sauve la mère ou le bébé ", demande le guérisseur à la belle-mère. "Je veux que tu sauves ma belle-fille. Si elle vit, elle pourra avoir d’autres enfants". Le père de Ahado donne la même réponse. La mère du bébé, le visage triste auparavant retrouve un peu de sourire. "Je veux que tu me sauves" ; déclare-t-elle. "Qui voulez-vous que je sauve ?", le guérisseur interrogea la foule. "La mère", en chœur répondit celle-ci. Silence. Seul, le vent souffle. Les respirations se font haletantes. L’on attend ; la décision du traditheurapeute. "Madame la journaliste ; qui voulez-vous que je sauve, la mère ou l’enfant", voulut savoir Saidou. Ne s’attendant pas à être impliquée dans cette procédure, la journaliste toute surprise lève les yeux de ses notes, observe le guérisseur. Ce dernier comprend sa perplexité et reprend la question. "Je veux que tu sauves les deux", souhaite la journaliste. "Mais, cela est impossible, je ne peux sauver qu’une personne. Je te permets de poser des questions à la mère. Après, tu me donneras ta réponse définitive", propose-t-il. Face à la journaliste, la mère reprend ses propos d’avant. Comme sortant d’une torpeur et l’air effrayé elle s’écrie, " Je veux qu’on le tue". La journaliste reste imperturbable. Elle maintient son affirmation première qui est de sauvez les deux êtres. La foule désapprouve cette recommandation. Des murmures montent de toutes parts. Les regards deviennent menaçants. Et le guérisseur, à la femme de média assure que s’il sauve les deux, "C’est le père qui mourra". Et la jeune dame d’insister "dans ce cas sauve les tous". Le guérisseur accède finalement à l’exigence. Le rituel de sauvetage profite à toute la famille.

Maintenant, les autres peuvent bénéficier de l’attention de Saidou. C’est donc le tour de ceux qui ont perdu l’usage de leurs jambes. Assis sous le soleil en ligne droite et face au public, les impotents attendent impatiemment. Et c’est le tour d’un El Hadj d’environ une cinquantaine d’années. Son épouse affirme qu’il a perdu l’usage de ses membres vers la fin septembre dernier. Après avoir été informé, Saidou exige que le malade se lève et marche. Le vieillard se met à pleurer. La salive lui coule de la bouche. Ses yeux sont plissés par la douleur. Il s’appuie péniblement sur le mollet de l’aide soignant, et demande à ce que le second aide lui tienne la main. Il essaie de se lever. Mais retombe lourdement. Apparemment déçu, il pleure de plus bel. " Lève-toi et marche ", lui lance le praticien. El Hadj se cramponne à nouveau au pied de l’aide-soignant. Lève le premier pied. Pose le second. Son front perlé de sueur luit. Ses bras tremblent. Le patient à nouveau s’affaisse. Saidou ordonne de ne plus lui venir en aide. "Je vous assure qu’il marchera" fait-il remarquer. Et d’ajouter "Ladji, lève toi et marche". Le vieux ramène son boubou noir à motifs carrés de couleur blanche sur les genoux. Pose son pied droit au sol. Mes mains lui servent de support. Il halète. Met le second membre. Puis se lève.

Les spectateurs poussent des soupirs de soulagement. L’épouse est tout sourire. Ladji tourne dos et s’en va retrouver sa partenaire. Ni poudre, ni versets à réciter. Nombreux sont les patients qui suivront ce type de rituel de guérison. Le remède complémentaire pour quelques uns sera de préparer et de consommer des décoctions de plantes.

En ce dimanche, les malades sont près de 200. Ils sont venus de presque toutes les régions du Burkina Faso. On y trouve également quelques ressortissants de la sous région et une hollandaise ; Véra, venue profiter des dons du guérisseur. "Je souffre de ruhme et de douleurs de poitrine. J’ai essayé toutes les médications modernes qui existent dans mon pays. Mais rien à faire. Et comme en Hollande, nous n’avons pas de guérisseurs, je viens pour bénéficier du savoir de Saidou", confie souriante Vera.

Reconnaître et accepter ses incapacités
Depuis, plus de 20 ans, Saidou est guérisseur dans la localité de Nagréongo. Cette bourgade est située à une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou. Son don de guérison, Saidou l’a eu après avoir été longtemps malade. Il dit soigner au nom d’Allah, le Miséricordieux. Aussi, pour chaque malade et avant toute séance de soins, il répète la litanie "Que Dieu guérisse, que Dieu soigne" et en chœur la foule répond "Amen". "Lorsque, je ne peux guérir un malade, je le lui dis franchement et lui permets de chercher espoir ailleurs. Travailler en se fondant sur le mensonge attire pendant un certain temps les malades et très tôt, ils se rendent compte de la supercherie. Et ne viennent plus". Avant et après les soins, Saidou ne prend aucun sou. "Si les malades sont satisfaits, c’est eux-mêmes qui viennent me faire des cadeaux en nature ou en espèces". Saidou possède donc deux immenses cours. Elles sont distantes l’une de l’autre d’environ deux kilomètres. C’est en face de la seconde demeure que les patients attendent. C’est également dans ce foyer que se trouve la grande partie des dons qu’il reçoit. Voitures de différentes marques. Certaines neuves. D’autres pourrissantes et devenues refuges de volailles. Au sol, sont disposés près d’une quinzaine de gros tas d’épis de petit mil. La dizaine de greniers vomit le reste de céréales qu’elle ne peut contenir. "Ce sont mes récoltes et les dons d’il y a 4 ans de cela. Il arrive souvent que certaines personnes me fassent cadeaux de plusieurs millions de francs CFA. Et c’est avec joie que je les prends. Ils sont le fruit de mon travail. Je vous le dis, je ne mentirai jamais pour avoir la faveur d’une personne. Le mensonge rattrape toujours son auteur. La vérité, elle glorifie et rend digne", confie fièrement Saidou. Des femmes, il en reçoit comme présent. Il en possède 47. Elles sont toutes logées dans sa première habitation. Celle-ci a une forme rectangulaire. Légèrement décalée du centre vers la droite, se trouve la chambre du guérisseur. Ses fenêtres bleues sont closes. La porte de même couleur garde hermétique les secrets de ce dernier. Sur les côtés sont construites à la queue-leu-leu, les chambres des épouses. Elles sont toutes presque des jeunes filles de moins d’une trentaine d’années. Certaines avec des bébés sont assises à l’ombre des arbres. Elles se tressent les cheveux. Demain lundi est jour de joie. Jour de baptême des 4 nouveaux-nés qui viennent agrandir la famille du guérisseur. Combien d’enfants a-t-il ? Saidou refuse de répondre à la question. "Observez vous-même et vous aurez la réponse". Une multitude de petits-enfants s’amusent sous le hangar à la devanture de la concession. A côté d’eux, des femmes, joyeuses, pilent le mil.

Saidou s’occupe de plus de 100 personnes. En plus de sa propre progéniture et de ses épouses, il accueille des proches parents, cousins, frères, nièces, neveux. En une journée, tout ce monde consomme un sac de 100 kg de petit-mil.
Les enfants du guérisseur sont tous scolarisés à l’école arabe. Ni son fils aîné, âgé de 15 ans ni les autres enfants probablement ne seront tradi-theurapeutes. "Aucun de mes enfants ne travaille avec moi. Je ne sais pas si j’aurai un héritier. Tout dépend de la volonté de Dieu", affirme Saidou. Même si l’un des petits du guérisseur ne le suppléera lorsqu’il disparaîtra, le nom de ce dernier demeurera. Des milliers de personnes, il en a soigné. Des femmes stériles par ses actions sont devenues mères heureuses. Des handicapés mentaux ont recouvré leur esprit. Des pauvres sont devenus millionnaires. Et tous, lui sont reconnaissants.


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