Maladies mentales : Collaboration inter-médecines

lundi 21 novembre 2011

Selon l’OMS, plus de 90% des Africains ont recours à la médecine traditionnelle ou font la conjonction entre elle et celle moderne. Au Burkina Faso, quand bien même le Code de santé publique reconnaît la pharmacopée, la médecine moderne travaille en marge d’elle. « Nous n’avons pas de collaboration avec les tradipraticiens. La société burkinabè considère que certaines maladies mentales résultent de la possession par le génie. C’est un univers qui relève des croyances sociales.

Dans le cadre de notre démarche diagnostique, nous sommes amenés à constater qu’un certain nombre de patients recourent à la médecine traditionnelle avant ou après nos soins. Je suis formé pour soigner des malades à partir de la médecine occidentale. Il n’appartient pas à un agent de santé de décider d’une collaboration avec la médecine traditionnelle », argumente le Pr Arouna Ouédraogo, chef de service de la psychiatrie de l’hôpital Yalgadogo Ouédraogo de Ouagadougou. Cet avis n’est pas partagé par un ancien directeur de la santé publique. Pour lui, une coopération entre médecine moderne et traditionnelle « sera plus porteur du fait que la maladie mentale est entourée de croyances sociales. A celles-ci, les guérisseurs peuvent y répondre. Pas la médecine moderne ». Pour cette source, même si le rapport entre les deux sciences doit être formalisé par le programme de santé mentale, « il se doit d’être d’abord de l’ordre de l’initiative personnelle. Dans certaines localités du Burkina, cette association donne de très bons résultats. Cela ne peut être que bénéfique à notre société ».

La distanciation de la médication moderne vis-à-vis de celle traditionnelle renforce plus ou moins la précarisation des malades et leur isolement. « Le malade mental africain a une toute petite place, pour ne pas dire qu’il n’en a pas dans nos sociétés actuelles. Il ne peut être repris par le système traditionnel où il pouvait ramener la concertation et l’entente. Dans le système moderne, le patient devient un poids pour sa famille. Elle ne sait plus comment le gérer », souligne la psychiatre camerounaise et anthropo-psychanalytique, Berthe Lolo.


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