Une mafia s’enrichit du malheur des Burkinabè

samedi 26 novembre 2011

Que se passe-t-il avec la méningite ? Il y a le sentiment d’impuissance généralisée qui condamne presque à mourir dans le silence, parce qu’on ne peut presque rien. Les vaccins sont chers et introuvables. Même si nous avions l’argent, il n’y a pas suffisamment de laboratoires pour en fabriquer à temps pour nous. Pour la méningite donc, nous serions plus vulnérable que le sida. Parce que cette pandémie au moins, même si on n’en guérit pas, on sait moins comment l’éviter et comment maintenir le plus longtemps possible le malade en vie. Rien de tout cela pour la méningite. Chaque année donc, bon an mal an, la méningite fauche des milliers d’entre nous, sans que nous puissions ni prévenir, ni même parfois soigner. Le protocole médical gratuit, qui ne l’est pas totalement en réalité, est de l’avis général des praticiens, impropre à guérir le mal. Certains pensent même, que c’est à ce protocole impropre qu’il faut attribuer certaines morts. Ce sont là des questions hautement médicales, qui ne peuvent pas ne pas être posées. Mais dans cette affaire de méningite, il y a aussi des aspects plus criminels, qu’il faut avoir le courage de poser et d’oser adresser, pour reprendre une expression anglo-saxonne. Nous avons découvert, un business " hideux " autour des vaccins et cela n’est pas acceptable. Mais apparemment, la pratique est bien vieille.

C’est sur une curieuse recommandation sur la conservation des vaccins que nous tombons, lorsque ayant eu vent des indélicatesses autour des vaccins, nous commençons à nous intéresser au sujet. Il y a donc, avant toute chose, un problème de doute sur la qualité des vaccins qui sont servis et voici le contenu explicite de la recommandation : "La vétusté de la chaîne de froid et le déficit en maintenance des équipements de froid fonctionnels existants. Les vaccins utilisés pour la lutte contre les maladies justiciables de prévention par la vaccination sont conservés puis distribués en fonction de la demande et des activités. Ainsi leur conservation de façon adéquate demeure la condition fondamentale pour assurer aux différents composants leur efficacité thérapeutique.

Par ailleurs, la majorité des régions du Burkina enregistre à certaines périodes de l’année des températures élevées que les optima thermiques de conservation ne sont plus respectés. Les appareils de froid (réfrigérateurs, congélateurs, etc.) qui à l’origine n’avaient pas toujours été conçus pour cet usage, tombent fréquemment en panne, dans un contexte où la maintenance préventive est rarement assurée par manque de personnel formé à l’entretien de ce type de matériel et, surtout par l’absence de pièces de rechanges en cas de besoin. Cette lacune donne aux appareils une durée de vie très courte. Ainsi, l’acquisition d’équipements de froid recommandés par l’OMS et adaptés à la conservation des vaccins pourrait permettre de résoudre ce problème de façon durable ".

Ces lignes de la Direction de la prévention par les vaccinations viennent battre en brèches les propos du Dr Souleymane Sanou, Directeur de la lutte contre les maladies. Au cours de l’émission Santé Mag du mardi 03 mars 2007 de la TNB, Dr Sanou a soutenu que la chaîne de froid pour la conservation des vaccins était en très bon état.

La mafia du marché des appels d’offres
C’est pour s’équiper en chambres froides complètes, réfrigérateurs et congélateurs médicaux, de conteneurs de transport de vaccins… qu’un appel d’offre a été lancé en octobre 2006. Le financement de ce projet est effectué sur fonds japonais. Il s’élève à près de 860 millions de francs CFA.

Le président de la Commission d’attribution des marchés du Ministère de la santé, sans dépouillement, et dans un communiqué daté de novembre 2006 informe les soumissionnaires de la suspension momentanée de l’appel d’offres pour "…reprise des caractéristiques techniques… suite aux différentes observations formulées par certains soumissionnaires…".

Des sociétés soumissionnent. OMA-SENISOT SA, représentée au Burkina et œuvrant dans la vente de motos. La SODETAP, société de droit ivoirien, travaillant dans la vente de matériel médical. Selon une source très au fait de certaines pratiques au sein de la DAF, "la suspension de l’appel d’offres est l’œuvre d’une personne désirant favoriser l’une des sociétés, en l’occurrence OMA-SENISOT. Aussi, elle a invoqué le fait que la SODETAP a mentionné les spécifications du matériel à fournir. Ce qui serait interdit de l’avis du plaignant ".

A la Direction des marchés et à la direction de l’administration et des finances (DAF) du Ministère de la Santé, l’on affirme qu’au Burkina Faso, il est interdit pour un appel d’offres de faire mention des spécifications du matériel dont la marque. Seuls, la quantité, le prix unitaire et le prix total... doivent être fournis. Mais sur cette disposition, nous n’avons pas pu disposer d’un texte qui le prescrit.

Cette même personne est à l’origine de l’inexécution des marchés du Fonds du Global alliance for vaccine immunization - Fonds Gavi. C’est un fonds international octroyé au Burkina Faso. Il devait permettre le renforcement des capacités du Faso en matière de vaccination. De 2003 à 2006, trois marchés concernant des enregistreurs automatiques pour chambres froides, de réfrigérateurs, congélateurs médicaux ; etc. sont annulés. Les attributaires défaillants ne sont pas remplacés par l’une des structures moins disantes classées par ordre. Aucun appel n’est relancé. Par exemple, lors d’un appel d’offres, un soumissionnaire se plaint à la Direction des marchés parce que, dit-il, "Il offre 50 millions moins cher que celui qui a été retenu". Or le plaignant avait soumissionné hors délai. N’empêche, la commission d’attribution du marché fait droit à sa plainte.

En 2003-2004, cette même personne décide la commande de 15 groupes électrogènes au lieu de 25. Il a fallu l’intervention et l’insistance du Directeur du Programme élargi de vaccination-PEV- afin que soient commandés les 25 groupes électrogènes. Voilà donc, un peu plus de 5 ans que les marchés lancés sur le Fonds Gavi sont bloqués. Pourtant, Chaque année, le Burkina, dans son rapport d’activités, déclare utiliser les fonds. "Or ces fonds, soutient un interlocuteur, ne sont pas utilisés. Le problème avec ce fonds, c’est que leurs responsables se contentent seulement du rapport, ils n’effectuent pas de contrôles terrains".

Le 20 mars 2007, lors de la réunion ordinaire du Comité de coordination Inter-agences du PEV présidée par le ministre de la Santé, président du comité, les représentants de l’Unicef et de l’OMS ont, en ce qui concerne le blocage des marchés relatifs à l’utilisation des fonds Gavi, demandé au ministre qu’il trouve meilleure solution pour gérer le fonds et éviter ces blocages. En réponse, une recommandation de la rencontre a stipulé l’élaboration : " d’une note technique et une lettre à la signature de monsieur le ministre de la Santé à l’attention du ministre des Finances en vue du déblocage des marchés sur Fonds GAVI ". Comme si les blocages concernant ces marchés étaient imputables au ministre des Finances.

Selon un expert, les équipements destinés à une chaîne de froid pour la conservation de produits destinés à la médecine humaine sont très importants. Négligés, c’est la porte ouverte à la plus grande insécurité, à l’existence d’épidémies, étant donné que le pays ne dispose pas de vaccins ou a des vaccins de mauvaise qualité parfois mortels. Une autre source, proche d’une organisation internationale de la santé, estime que les chiffres officiels sous évaluent le nombre réel des cas de méningite dans notre pays. Cette source pense qu’à la 11e semaine de l’épidémie, il y avait plus de 200 000 cas au lieu des 10 796 officiellement annoncés. Le taux de mortalité de 20% avec environ 3 500 à 4 000 décès, au lieu des 801 officiels.

Revendiquer le meilleur
Toujours au cours de l’émission Santé Mag, le Dr Souleymane Sanou avance que dans toutes les structures de soins et de santé, le personnel est qualifié pour détecter et soigner la méningite. Pourtant, sur le terrain, de nombreuses défaillances sont constatées. Certains agents n’arrivent pas à identifier la méningite. C’est ainsi que certaines personnes ont eu la chance de vivre en retournant plusieurs fois et en insistant sur les symptômes de leur mal. Malheureusement, d’autres en sont morts du fait que les agents ont confondu les signes du paludisme à ceux de la méningite. C’est le cas, entre autres, au CSPS de Nangrin au secteur 16, au CMA du secteur 30, à Paul VI, etc. Pire, sur le terrain, les campagnes de vaccinations engagées depuis le mois de mars se font sans suivi. Pas de carnet de vaccination gardant traces de l’injection. Or, dit le ministère de la Santé, les antiméningo AC ou W135 immunisent pour trois ans.

Sans carnet de santé, une personne peut se faire vacciner chaque année. "Ce qui est mauvais et même très dangereux pour la santé de la population du fait du non respect des délais de prescription", déplore un médecin. Pensif, il ajoute : "En tant que personne humaine, je suis révoltée par ce que je vois. Et je demande aux Burkinabè de se réveiller, d’exiger le meilleur pour eux et leurs enfants".

En 1996, l’épidémie avait été particulièrement meurtrière au Burkina :4363 morts officiellement enregistrés. En 1997, elle tuait 2460 personnes avant que le gouvernement ne se décide à lancer une vaste campagne de vaccination. La violence de l’épidémie de 2002 a conduit l’OMS a lancer un appel qui a permis aux laboratoires pharmaceutiques de mettre au point le ACW135. C’est la première fois qu’un vaccin a été élaboré en quelques mois pour répondre à une urgence sanitaire dans les pays d’Afrique subsaharienne. Et lorsque le ministre Alain Yoda annonce que l’on ne peut faire de vaccination préventive étant donné que l’on ignore la nature de la souche, AC ou W135, il est bon de lui rappeler que le vaccin combiné ACW135 existe.

Le laxisme du ministère
Le 27 octobre 2003, au sein du Pev, une attachée de santé en intérim au Service d’approvisionnement, de la logistique et de la maintenance constate une disparition de 1000 doses composées de deux lots différents de vaccins anti-méningo W135 de la chambre froide.

A cette époque, le directeur par intérim du Pev est informé. Avec l’accord du ministre de la Santé, Alain Yoda, une enquête est menée par la gendarmerie. Etienne Kyendrébeogo, gestionnaire des vaccins au sein du Pev est démasqué. Le voleur et ses acolytes n’ont jamais été inquiétés. Ils travaillent toujours au ministère de la Santé. Certains se vantent même d’avoir obtenu des postes de responsabilité malgré leurs agissements. Le Pev n’est pas, en matière de vol, à sa première mésaventure. Des cas similaires ont été enregistrés en 2002 avec le vol de vaccins périmés, de T-shirts, de réfrigérateurs usagers. Concernant les frigos usagés, les auteurs des vols ont été appréhendés et n’ont écopé que d’un simple avertissement, parce que, disent-ils, ils auraient agi sous l’instigation du chef du personnel.

La situation d’impunité pousse d’autres personnes à s’enrichir directement sur la vente des vaccins. Un certain Béréwourougou, toujours au sein du Pev, disposait d’un carnet parallèle. Il enregistrait les sorties-ventes de vaccins aux directions régionales de santé sur celui-ci. Et naturellement empochait les sommes qui normalement devaient être versées sur le compte du ministère de la Santé. Entre plusieurs forfaits, il a, le 07 avril 2000, après que le district sanitaire de Pama à Fada s’est approvisionné en 3 000 doses de vaccins, empoché la somme de 450 000 F CFA. Le 27 mars 2000, c’est 1 500 000 FCFA pour 10 000 doses ; le 29 mars 2000, c’est 3 900 000 F CFA qu’il encaisse pour son compte personnel pour un achat de 26 000 doses par le district sanitaire de Tenkodogo. Presqu’aucune structure de contrôle interne au Pev et au ministère de la Santé n’a agi pour constater et réprimer les vols. A l’heure actuelle, l’auteur des détournements de fonds s’élevant à plusieurs millions est employé dans une organisation internationale de la santé de la place.


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