Carte postale du pays Amish : Sobriété et dévotion aux travaux manuels

dimanche 27 novembre 2011

Ils croient en Dieu. Et comme Jésus était charpentier, ils le sont également. Eux, ce sont les Amish. Tout métier manuel fait partie de leur champ de prédilection. Loin des fioritures de la modernité, ils désirent une vie simple et pleine. Voyage au Dutch County...

Les champs agricoles s’étendent à perte de vue. Les chiens de ferme gambadent libres. Le linge lavé à la main sèche sur des cordes tendues devant les maisons. Ca c’est un aspect de la vie au pays Amish. Le pays est situé dans l’Etat de la Pennsylvanie aux Etats-Unis. Là-bas, le matérialisme fait place au respect de la Bible et le droit d’ainesse prédomine à la règle de gouvernance.
Bird-in-Hand Farmer market est le grand marché, couvert de vivres et de légumes des Amish. A l’entrée, à droite, le rouge et le vert des pommes, l’orange des clémentines et le jaune des bananes rendent d’emblée les fruits attirent les regards. A gauche, le mélange de senteurs de fromages et d’oignons donne l’eau à la bouche. Soudain, Kazumi, une japonaise visitant le county, réalise qu’elle a faim. " Ah ! Des échantillons gratuits de fromage ! " s’écrie-t-elle. A peine en avale-t-elle un morceau qu’une senteur de pain aux raisins fraichement cuit titille ses narines. Elle avance, cherche, puis, au centre du marché, trouve dans une assiette, posée à même le comptoir, des dés de pain. Elle en prend quelques morceaux. "Oh ! Que c’est délicieux !", s’écrie-t-elle.
Encore le couteau à la main, la jeune Amish s’attèle à couper le pain. Elle n’a aucun regard pour les innombrables visiteurs agglutinés autour de sa table. Même pas un sourire.
" Vous avez un joli chapeau ", lui lance Kazumi. Silence total. La jeune fille ne répond guère. Son chapeau, d’un blanc immaculé, est posé au milieu de sa chevelure blonde en partie cachées sous le chapeau. La robe de la jeune dame, de couleur verte, est sans fioritures. Seul un tablier blanc lui sert de garniture. Elle ne porte ni bijoux ni maquillage. Ainsi, rien ne la différencie des centaines d’autres jeunes filles Amish vendant au marché.

Loin de la modernité
A l’image de cette jeune fille, depuis le début du 17e siècle, les Amish refusent le modernisme. Selon Daena Longenecker, une experte de la communauté amish, leur véhicule favori est la carriole ou buggy.
A la demande des autorités, elle est désormais équipée de feux électriques et de panneaux. Cet équipement permet de la distinguer une fois la nuit tombée. La lampe à pétrole remplace l’électricité. Toutefois, certaines familles amish disposent de panneaux solaires. Les Amish sont exemptés de service militaire. Ils ne disposent ni de radio, ni de télévision. La terre, ils la cultivent avec la charrue.
L’habitation amish ressemble à celle des autres Américains. Seules les vastes terres labourées, devant, la différencie des autres. Il y a bien le téléphone, mais il se trouve dans une cabine située dans l’arrière cours. Un compresseur produit l’électricité nécessaire à la conservation du lait de vache.
En ce début d’hiver, seuls quelques potagers ponctuent de taches vertes la riche terre noire. Sous les étables, chèvres, chevaux, et ânes broutent de la paille. Leurs pelages, déjà bien fournis, les protègent du froid. " Les Amish sont les spécialistes des métiers manuels " nous confie Daena. Ils utilisent la force animale ou humaine. De ce fait, ils sont fermiers, charpentiers, artisans ou tailleurs. Et, dans leur ’’communauté on compte de nombreux multimillionnaires,’’ précise Daena. Leur fortune, les Amish la doivent au commerce et à leurs diverses activités lucratives.
"Vous pensez peut être que ce que je tiens est un coussin, n’est-ce pas ?" demande, dans un anglais approximatif, la fille du responsable de la ferme Glick’s Foods and Crafts à l’assistance.
"Oui" répond le public
"Mais non. Ce n’est pas un cousin, C’est un quillow. Un lit-coussin" affirme la jeune dame.
Sous les regards intrigués des spectateurs, elle défait le coussin. Puis, le transforme en drap servant de lit. Avec dextérité, elle replie le morceau de tissu et le retransforme en coussin.
En cette période d’hiver, le soleil se couche aux environs de 16h. Les Amish sont obligés de fermer boutiques faute de pouvoir se servir de l’électricité. Dans les rues, on croise des hommes à la barbe harmonieusement taillée. La toison du menton coïncide avec les favoris des tempes et les cheveux, couverts d’un chapeau noir. Ils saluent l’étranger d’un regard et d’un hochement de tête. Dans l’arrière cour, alignés, les buggies attendent pour les conduire à leurs domiciles.

À 15 ans, finie l’école
Les Amish parlent une langue qui est un mélange de hollandais et d’allemand. Les jeunes amish ne vont à l’école que le temps d’apprendre à compter, écrire et lire et cela pour le besoin de leur future activité nous explique Daena. L’école, affirme-t-elle, selon les amish, n’est pas importante. Tout ce qu’il faut savoir se trouve déjà dans la Bible. A 15 ans, l’école est finie pour un jeune amish. Et la vie à la ferme commence.
La vie des Amish est austère. Elle est rythmée par le baptême des adultes. Le travail, le respect des plus jeunes envers les anciens et la stricte observation des règles bibliques sont obligatoires affirme Jeff Holliday, un autre expert.
Le mot ’’Dutch’’ est une déformation du mot allemand (Deutsch), nous explique Daena . Le Dutch county ou encore le pays Amish a été créé aux environs du 17e siècle. Les Anabaptistes, persécutés en Europe, fuirent en masse pour se réfugier dans le Lancaster. Ils trouvèrent donc refuge chez un certain William Penn. C’est de ce dernier que dérive le nom de Pennsylvanie. Lorsque les premiers persécutés arrivèrent aux Etats-Unis, ils affirmèrent que leur langue maternelle était le Deutsch, c’est-à-dire l’Allemand. De la migration des Anabaptistes, il existe aujourd’hui une communauté de plus de 70 000 membres. Des 50 états américains, 29 abritent maintenant des communautés Amish. ’’La forte explosion démographique oblige les Amish à émigrer afin de chercher de nouvelles terres’’ affirme Daena. Puis d’ajouter, ’’une famille amish compte au moins cinq enfants et au maximum plus d’une dizaine de personnes.’’

Rejoindre la Communauté ou la quitter
Selon Jeff, ’’on devient Amish après avoir fait le choix d’adulte : accepter et demander le baptême qui va de pair avec le respect de tous les principes bibliques.’’ Mais bien avant le dévouement à la vie simple et à la Bible, les jeunes Amish, dès leur quinzième année, filles comme garçons, bénéficient de trois années qui leur permettent de se confronter à la vie moderne. Cette période est ’’Rumspirgra.’’ Elle veut dire : aller de droite à gauche. ’’Durant cette période, le jeune amish s’autorise tout : voiture, boisson, vie mondaine, etc. Mais après, il doit se décider à faire partie de la communauté,’’ affirme Jeff. Mais parfois, reconnaît l’expert, "le choix n’est pas facile pour le jeune" comme le montre le film Witness. Ce film retrace les tribulations de Jacob, un jeune amish fortement attiré par la vie moderne. Alors qu’il hésite à prêter serment à sa communauté, son père et sa fiancée font pression sur lui. Il décide de s’enfuir. Mais finalement, Jacob revient. Et fait allégeance à sa communauté. Selon Holliday moins de 5% des jeunes ne reviennent plus.
Aux Etats-Unis, " le pays Amish est le berceau de l’entraide, " affirme Daena. En été, toute la communauté aide les jeunes membres à construire leur ferme. La fin des récoltes marque également le début des célébrations des mariages et des baptêmes.
Le ’’Ordung’’, règles et régulations de l’église amish, définit les règles morales qui ne ont pas abordées par la Bible : utiliser un téléphone cellulaire, ou jouer d’un instrument de musique. Des exceptions, il y en a : ’’certains possèdent et utilisent le cellulaire pour leurs affaires’’ affirme Daena.
Même si les Amish ne sont pas adeptes de la modernité, ils ne peuvent y échapper d’une manière ou d’une autre.

Le matérialisme n’est que vanité
Des incendies dévorent des maisons. Les flammes d’un jaune foncé lèchent les planches. Puis, sur la mer, la fumée des canons inondent l’atmosphère. Elles aveuglent les spectateurs. Et les rafales de vent font tanguer le petit bateau. Les cris des martyrisés fuyant leurs bourreaux montent dans le ciel. La salle est tétanisée. Ca c’est le "Pepper’s Ghost." C’est une technique cinématographique. Depuis 1995, la communauté amish dispose du troisième cinéma ’’expérimental’’ en Amérique du nord. ’’Il fait vivre aux visiteurs les affres que les ancêtres des Amish ont vécus en Europe,’’ affirme Jeff.
Même s’ils sont installés aux Etats-Unis depuis plusieurs siècles maintenant, les Amish, selon feu Elmo Stoll, évêque de la communauté, se considèrent comme des voyageurs. " Si nous étions faits pour demeurer sur terre, dit-il, cela aurait eu un sens pour nous d’accumuler des biens matériels. Mais cela n’est que vanité, car nous sommes venus sur cette terre nus et ne possédant rien. Et nous la quitterons de cette même façon."


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