Jeunesse scolarisée et sexualité : La contraception, un plan de vie négligé

dimanche 27 novembre 2011

Le monde scolaire plus ou moins informé de l’existence et de la disponibilité des différentes méthodes de contraception les utilise très peu. Il préfère affronter les infections sexuellement transmissibles, le sida et les grossesses non-désirées. Face à cette situation, les pairs éducateurs sont là pour limiter les dégâts.

"Je sais l’existence du condom, mais je ne l’utilise pas lors de mes rapports sexuels parce qu’au moment où je dois le porter, je ne me contrôle plus tellement je suis excité", confie I., élève de 17 ans en classe de 2nde. Or selon le gynécologue Léopold Ouédraogo, responsable du programme Maternité à moindre risque à l’OMS, le préservatif protège contre les infections sexuellement transmissibles (IST) telles que la syphilis, la blennorragie, la gonococcie, etc., les grossesses et le sida.

A cette négligence s’ajoute le fait que nombreux sont les élèves ignorant tout de la façon d’enfiler le préservatif. Cette imprudence concernant le non usage des condoms s’est vue également dans la série de films pornographiques réalisée par des élèves de certains lycées de Ouagadougou en 2007. Dans ces productions, aucun élève ne portait le codom. Pourtant, plusieurs partenaires sexuels féminins suçaient deux à trois pénis ou se faisaient pénétrer par autant de sexes masculins. "Les élèves, considérés comme des adolescents, vivent une transition entre l’enfance et l’âge adulte. Cette transition est caractérisée par leur vulnérabilité, leur ignorance des conséquences graves découlant de leurs comportements sexuels à risque et leur immaturité physiologique à les supporter", souligne le gynécologue Ouédraogo.

La crainte du sida, des grossesses précoces ou non-désirées et des IST n’est pas encore suffisamment encrée dans les mentalités des élèves au point de les détourner d’une activité sexuelle non protégée. Le refus d’utiliser une contraception pousse les élèves à urgemment rechercher une solution à leurs difficultés.

Adissa Konaté, responsable du Centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF raconte que certaines filles, n’utilisant aucune méthode de contraception, périodiquement viennent au Centre afin qu’elle leur délivre la pilule du lendemain pour éviter une grossesse. Ces filles ont eu des rapports sexuels sans protection. Or la pilule du lendemain est prescrite exceptionnellement. Vouloir l’utiliser comme méthode de contraception exclusive peut porter atteinte à la fécondité.

Ces enfants qui font des enfants
Certains élèves sont victimes de leurs comportements sexuels. Aussi, sont-ils malades soit du sida soit sont atteints par des IST ou portent des grossesses précoces ou non désirées. Pour les filles, la grossesse est encore synonyme de décrochage scolaire. "J’ai dû abandonner mes études lorsque je suis tombée enceinte", témoigne Zalissa, 18 ans, ayant le niveau de classe de première. Sa grossesse non désirée et non planifiée s’est révélée lourde de conséquences sociales pour elle. "Mon copain a refusé de reconnaître sa responsabilité. Et pour ma famille, du fait que je ne sois pas mariée, j’ai souillé son honneur, pour cela, j’ai du quitter ma famille pour me refugier chez ma tante", confie-t-elle. Mais, plus encore qu’un départ difficile dans la vie en tant que jeune-parent, c’est souvent la dure réalité qui guette la jeune mère et le père.

Le jeune élève arrête ses études pour épouser sa partenaire. Il se doit également de se trouver un travail afin de s’occuper de sa nouvelle famille. Pour la jeune fille, une grossesse précoce comporte de gros risques du point de vue santé. Elle peut donner naissance avant terme, souffrir d’anémie, d’hypertension, de dépression, etc. souligne le gynécologue Ouédraogo. Dans certains cas, sous la pression des parents et devant la nécessité de poursuivre des études, certains optent pour l’avortement avec des risques d’en mourir ou de demeurer stérile à vie.

Le développement des moyens de communication tels la télévision, le cinéma, etc. a brisé les barrières culturelles et favorisé l’émergence de nouveaux schémas de comportements sexuels parmi les jeunes. De même, le recul de l’âge aux premières règles, l’effondrement de l’autorité familiale favorisent l’adoption par des élèves des rapports sexuels précoces non protégés avec des partenaires multiples.

Inconscience et démission de la société
Cette imprudence des élèves est loin d’être imputée seulement à l’ignorance. Nombre d’entre eux savent l’existence des différentes contraceptions. Ils l’étudient plus ou moins furtivement lors des cours de sciences sur le corps humain ou lors de travaux pratiques.
""-La meilleure méthode pour moi, c’est l’abstinence".
"-pour moi, ce sont les préservatifs. Te concernant, je pense que tu rêves dê ! Les hommes de maintenant veulent coucher et si tu refuses, tu va rester sans mari".
"- Je suis d’accord avec toi. De nos jours, il n’y a pas d’abstinence, les hommes veulent le sexe…"".

Ces propos sont de trois filles, élèves d’une classe de 3e discutant de méthodes contraceptives. Elles ont une présentation à faire sur cette thématique, aussi se sont-elles rendues au Centre d’écoute pour Jeunes de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF) de leur ville, Koupèla, pour obtenir plus d’informations.

Dans le programme scolaire burkinabè actuel, aucun cours ne porte sur l’éducation sexuelle. De ce fait, "les élèves disposent trop souvent d’informations mal-digérées ou glanées avec les copains", assure Alain K., professeur. Néanmoins, certains élèves se rendent dans les Centres d’écoute pour choisir leur méthode. "Lorsqu’ils viennent ici, ils choisissent systématiquement le condom", affirme Odile Fandé, sage-femme à l’ABBEF Koupèla. Ce sont les plus courageux qui se rendent au Centre d’écoute. Ils craignent les moqueries de leurs camarades et appréhendent le fait que ces derniers informent leurs parents.

L’hésitation des élèves à fréquenter les structures de santé est également liée au fait qu’ils fuient le jugement des prestataires sur leur sexualité. Ces derniers ont souvent des convictions personnelles ou religieuses qui influencent la façon dont ils les aident. C’est pourquoi les adolescents hésitent souvent à leur confier leurs préoccupations.

Cette situation fait également "qu’on se débrouille pour s’informer", assure Adèle, élève en classe de 3e. Aussi, suggère-t-elle que des infirmeries soient installées au sein des lycées. Ces structures pourront éviter les stigmatisations. Elles amélioreront l’accessibilité aux services et permettront aux élèves de rencontrer des prestataires plus aptes à discuter avec des adolescentes à la recherche d’oreilles attentives à leurs préoccupations et ayant le sens de la discrétion.

Besoin d’une oreille attentive
A défaut donc de construire des structures de santé dans les différents établissements scolaires, l’ABBEF a initié le système de pairs éducateurs dans certains lycées de Koupèla, Koudougou, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Les pairs sont des agents relais de sensibilisation. Ils sont de la même catégorie socioprofessionnelle que leurs interlocuteurs. "Les pairs-éducateurs s’expriment franchement. Ils vont droit au but, sans préjugés ", déclare Lucien, élève. Les pairs usent des causeries-débats, des projections de films, des conférences pour discuter de la contraception et de leur usage pour leurs collègues et les orienter vers les structures compétentes.

Cette "tache n’est pas toujours facile. Parfois, nous rencontrons des trouble-fêtes qui nous posent des questions embarrassantes et simplement pour perturber vos rencontres", affirme Apollinaire, pair éducateur en classe de 2nde. Ces élèves pairs éducateurs sont des volontaires issus de classe n’ayant pas à passer des examens. Ils doivent être des modèles à travers leur conduite quotidienne. L’ABBEF exige d’eux, la courtoisie, la discrétion et le sérieux. Leur rôle, c’est de donner l’information correcte, de sensibiliser au changement de comportement en matière de santé sexuelle et de la reproduction afin d’éviter les grossesses précoces ou non désirées, les IST et le sida.

Les dernières enquêtes démographiques et de santé réalisées au Burkina en 1999 indiquent que 11% des filles de 15-19 ans sont déjà mères ou enceintes d’un premier enfant. Le taux de jeunes hommes et femmes de 15 à 24 ans infectés par le sida est de 1,3% en 2006, selon le rapport UNGASS 2008.


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