Paludisme : l’insalubrité propage la maladie

dimanche 27 novembre 2011

L’hivernage est une période propice à la prolifération des moustiques, vecteurs du paludisme. L’insalubrité de certains quartiers de Ouagadougou favorise la multiplication des moustiques.

Dans la chambre de Zélika, des traces de sang maculent les murs. Le sang des moustiques suceurs. Le sang, des marques d’une lutte sans merci contre les moustiques. Les marques d’une lutte pour éviter d’être malade du paludisme. Zélika habite le quartier Somgandé, pas loin du marché. Dans ce centre de transaction, un tas d’ordures impressionnant. Les marchands imperturbables, aux odeurs et insectes, étalent aux alentours leurs marchandises pour vendre. Les vents et les pluies se chargent de disperser ces ordures dans le quartier. "Cela fait très longtemps que les ordures n’ont pas été enlevées. Pourtant, nous payons 25 f cfa par marchand à cet effet ", affirme une vendeuse.

Dans le quartier Zogona, pas loin de l’université de Ouagadougou, quelques ruelles passant devant les concessions sont entourées de touffes d’herbes. Les eaux usées en flaques stagnent en toute saison. Les moustiques cohabitent allègrement avec les habitants aussi bien à la nuit tombée qu’à certains moments de la journée.
L’incivisme des Ouagalais
Certains riverains déversent leurs ordures dans les rues ou dans les caniveaux. Ces dépôts empêchent l’écoulement des eaux usées et de ruissellement. Ces endroits deviennent des lieux où pullulent les moustiques. Les populations oeuvrent donc à la prolifération des moustiques par le dépôt de déchets solides et liquides. Certes, les moustiques existent en saisons sèches, mais leur développement s’accroît énormément pendant l’hivernage. Et le nombre de malades du paludisme également.

" L’insalubrité constitue un des facteurs déterminants qui favorise les risques de maladie. En cette saison hivernale, la prolifération des moustiques est source d’accès palustre ", déclare le Dr Lambert Simporé, directeur de l’Action sanitaire de la commune de Ouagadougou.

A la direction de la Santé, le Dr Lambert Simporé explique que les cas de paludisme représentent près de 45% des consultations effectuées dans son Centre. " Nous sensibilisons les populations à la salubrité. Et lorsqu’elles récidivent, nous les convoquons à nouveau et leur faisons payer une amende. Le pire, c’est qu’il y a des personnes qui attendent la saison des pluies pour vider leurs toilettes dans les ruelles de leur quartier. Imaginez un peu le standing des personnes qui s’y adonnent. Ce sont des intellectuels comme les professeurs agrégés d’université, des députés, des ambassadeurs. Dans les quartiers résidentiels comme la cité An III, nous avons découvert des ordures et des pollutions qu’on ne retrouverait pas dans les quartiers populeux de Ouagadougou ", relate affligé le Dr Simporé.

Pour combattre les moustiques, l’assainissement du cadre de vie s’impose. Les services d’hygiène veillent au respect des règles d’hygiène et de salubrité en sillonnant les quartiers. Les égouts sales, les mares d’eau et autres formes de broussailles aux alentours des maisons donnent lieu à de fortes amendes. Le montant de l’amende est de 75 000 f cfa pour les récidivistes.

Sensibiliser à la propreté
En plus de la sensibilisation faite par la direction de l’Action sanitaire, la direction de la propreté de la ville de Ouagadougou s’investit pour la propreté de la ville.

La mission de la direction des services de propreté est de s’occuper du nettoyage et de la collecte des ordures, le transport des déchets du centre de collecte au centre d’enfouissement et de traitement et de valorisation des déchets, la prévention des pollutions et nuisance, le curage des caniveaux et entretien des ouvrages hydrauliques.

"L’hivernage est en train de s’installer. Nous avons pris des dispositions pour le curage des caniveaux de toute la ville de Ouagadougou. Depuis 7 ans, 80 à 100 millions sont investis par an dans le curage des caniveaux de la ville de Ouagadougou. Cette année, le curage concerne 150 km de caniveaux ", précise Sidi Mahamadou Cissé, ingénieur d’Etat du génie de l’environnement, chef d’exploitation du Centre d’enfouissement technique de Ouagadougou et directeur par intérim de la direction de la propreté. Trois entreprises privées, après un appel d’offres de la mairie centrale de la ville de Ouagadougou, ont été retenues pour le curage des caniveaux. Un certain nombre d’associations à but non lucratif œuvrant pour la préservation de l’environnement et son amélioration s’intéressent aux nettoyages de leur quartier. C’est le cas de l’Association des jeunes de Gounghin. Cette association a commencé le nettoyage des caniveaux depuis le 16 juin dernier. Le nettoyage s’impose d’autant plus que les quelques fortes pluies que la ville de Ouagadougou reçoit provoquent plus ou moins des inondations. Les caniveaux étant très souvent bouchés, les ordures solides sont charriées sur les voies nécessitant très souvent l’intervention des services de la direction de la propreté. Outre ces différentes actions de curage, il y a le nettoyage des cimetières par désherbages. La mairie de Ouagadougou, pour ces activités de salubrité, emploie une quarantaine de manœuvres chaque jour. La lutte contre les moustiques concerne les eaux stagnantes, les canaux de rétention d’eau, les cimetières de voitures. Le curage contribue donc à la lutte contre les moustiques.

Ouagadougou produit 300 000 tonnes d’ordures par an. Par jour, cela revient à 800 tonnes. Et chaque jour, un Ouagalais produit 0.54 kg d’ordures. La commune de Ouagadougou compte 30 secteurs, 17 villages et 1.5 million d’habitants. 35 centres de collectes d’ordures sont chargés de récupérer les ordures produites par les riverains. Ces centres sont des espaces clôturées où sont posés des bacs à ordures. Les déchets ramassés dans les 12 zones y sont déversés par les Groupes d’intérêts économiques (GIE). Les GIE, dans les quartiers, sont chargés du ramassage des ordures ménagères. Ils sont autorisés, par leur cahier de charges, à percevoir auprès de tous les ménages de la zone dont ils sont adjudicataires, une redevance mensuelle comprise entre 500 et 5000 f cfa, selon le standing de l’habitat. Cette rémunération est l’objet d’une négociation libre entre le GIE et le ménage.

La nécessité de prévenir
Dans les années 90, se souvient avec nostalgie Naba Ahmed, ancien fonctionnaire, "les autorités pulvérisaient régulièrement les caniveaux de la ville. On avait donc moins de moustiques et moins de malades du paludisme". "Nous avons arrêté la pulvérisation depuis plus de 10 ans ", répond le Dr Lambert Simporé. Il reconnaît que l’action préventive qu’est la vaporisation d’insecticides est plus difficile aujourd’hui avec le développement exponentiel de la capitale. Et le coût très élevé des insecticides. Une seule opération de pulvérisation coûte 500 millions de f CFA.

"Avec l’épandage de produits, les moustiques développent des résistances.", soutient Dr Simporé. Trop souvent, cette solution s’avère inefficace car les zones désinfectées sont aussitôt prises d’assaut par des moustiques migrateurs. Ces migrateurs développent une résistance du fait qu’ils sont dans un environnement où l’effet des insecticides est très faible. La dernière méthode de lutte contre les moustiques est la lutte larvaire. Elle dénature les larves, ce qui rompt le cycle de croissance du moustique. "Cette méthode de lutte est, assure le Dr Simporé, trop chère".

"Les meilleurs moyens de lutte contre le paludisme, c’est d’avoir un cadre de vie sain en prenant soin de rendre son environnement très propre. Collecter les ordures et les faire ramasser par les services appropriés. Eviter de constituer des eaux stagnantes ", conseille le Dr Simporé. Pour se préserver du paludisme, il recommande l’usage de la moustiquaire imprégnée.
Ouagadougou vient de recevoir de l’Agence française de développement (AFD)10 milliards de F CFA pour aménager les quartiers périphériques en caniveaux, dépôts d’ordures, etc.


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