La société civile approuve le viol de son droit à l’information

lundi 28 novembre 2011

Boubacar Diallo est le directeur de publication du journal indépendant Libération. Il est également le président de l’Association Nigérienne des Editeurs de la Presse Indépendante (ANEPI). Cette structure, l’une des plus actives, se bat pour la libération des quatre journalistes incarcérés. La solidarité corporatiste faisant défaut, le combat pour la liberté est dur. Entretien.

JE : Quel regard portez-vous sur l’année 2007 en matière de liberté de presse ?
Boubacar Diallo (B. D.) : Je dirai que l’année a été noire en ce qui concerne la liberté de presse et d’expression. Depuis l’instauration, il y a 17 ans, de la démocratie au Niger, 2007 a été l’année la plus cauchemardesque pour les hommes de médias et le calvaire continue. Moussa Kaka de RFI, Ibrahim Manzo Diallo d’Aïr info et les deux Français, Thomas Dandois, Pierre Cresson de Arte croupissent toujours en prison. Concernant notamment les deux Français, leur crime est d’avoir fait un " reportage illicite ". J’avoue que c’est un nouveau concept journalistique que nous font découvrir les autorités nigériennes. En fait, l’emprisonnement des journalistes est une banalité pour les princes aux commandes du pays. Dans cet acharnement contre les journalistes, le Colonel-dictateur Khadafi qui prétend unir l’Afrique poursuit trois journaux nigériens (L’Action, Le Canard déchaîné et L’Evénement) depuis fin août 2007. En plus de la plainte de Khadafi, le journal L’Action a été jugé et condamné, en octobre 2007 suite à une plainte de l’ex Chef rebelle touareg Rhissa Ag Boula. Lui comme Khadafi sont accusés, par la presse, à tort ou à raison, de soutenir le Mouvement de Nigériens pour la Justice (MNJ).
S’agissant du conflit armé dans le Nord Niger, la population a peur de s’exprimer. Il y a environ deux mois, Isoufou Bachar, leader d’un parti politique, a été placé en garde à vue à la police judiciaire de Niamey pour être intervenu sur les antennes de la Radio Saraounia appartenant à Moussa Kaka. Un autre cadre est emprisonné depuis six mois au camp pénal de Kollo pour avoir donné son avis sur la Radio privée Ténéré. Et ils sont nombreux les anonymes qui peuplent les prisons pour s’être simplement exprimés ou parce que leurs conversations téléphoniques ont été interceptées par les services de renseignements.
Le 07 janvier 2008, deux autres confrères du bimensuel d’enquêtes L’Enquêteur ont été convoqués à la barre pour répondre à une plainte du ministre de l’Economie et des Finances, Lamine Zène. Il poursuit le journal pour diffamation au sujet d’un article le mettant à l’indexe dans l’attribution d’un marché où les règles en la matière n’ont pas été respectées. Le tribunal a requis un an ferme contre le directeur de publication. Le délibéré est prévu pour le 08 février prochain. Toutefois, Ibrahim Souley, le Directeur de publication et Soumana Idrissa Maïga, le promoteur du journal, avaient été gardés à vue dans la première semaine de décembre 2007, dans les locaux de la Police pendant plusieurs jours, avant d’être relaxés par le Procureur du Tribunal de Niamey. Comparativement à toutes les années écoulées, je peux conclure que les libertés de presse et d’expression ont été très menacées en 2007.

JE : Certains de vos confrères disent ne pas soutenir Moussa Kaka parce qu’il pactise et entretient des relations d’ordre commercial avec les rebelles. Quelle est la part de vérité dans cette histoire entre Moussa et les rebelles ?
B. D. : Je pense que Moussa Kaka se faisait payer ses services aux journalistes de passage au Niger, en leur servant de guide ou en mettant son véhicule à leur disposition. Ce qui est normal à mon avis. Rappelons que, 48h après son arrestation, le procureur général près la Cour d’appel, sur le petit écran de la TV nationale, avait dit que dans les écoutes téléphoniques entre Moussa et le Chef de la rébellion Aghali Alambo, le journaliste avait voulu savoir quand est-ce qu’il sera payé pour ses services. Lesquels ? Je ne sais pas. Et le chef rebelle lui aurait dit qu’il sera contacté par un opérateur économique touareg vivant à Niamey. Outre cela, le procureur dira que Moussa Kaka a obtenu (lors d’un séjour en Libye) un véhicule 4X4. Faux, répond Moussa. Il dit avoir acheté son véhicule ici à Niamey avec un revendeur d’occasions au prix de 7millions et qu’il lui reste encore 2 millions à verser au commerçant.

JE : Pourquoi les sanctions du Conseil Supérieur de la Communication (CSC) concernant le traitement du conflit Touareg touchent uniquement les médias privés ?
B. D. : Le conflit n’est pas Touareg. Certes, le Chef du MNJ, Agaly Alambo est Touareg, mais ses lieutenants et les autres combattants sont de différentes ethnies du Niger. Pour revenir à votre question, je dirais que, par expérience, le CSC au lieu d’être équitable conformément à son serment s’est fixé comme mission essentielle, la sanction des médias privés. Je l’ai d’ailleurs relevé au président de l’institution dès sa prise de fonction au cours d’une réunion de prise de contact entre responsables des organisations socioprofessionnelles des médias. Malgré ses promesses d’être juste, avec le temps, l’histoire m’a donné raison. Les médias d’Etat peuvent se permettre tout sans être inquiétés, mais les journalistes des médias privés sont exposés quotidiennement aux menaces, intimidations, sanctions administratives, emprisonnements, etc.

JE : Concernant le conflit au Nord Niger, il y a musellement des médias privés, emprisonnement de journalistes, quel impact sur le journalisme ?
B. D. : Il est certain que des journalistes ont peur. Ils ne traitent plus du conflit armé et c’est regrettable car c’est une sérieuse menace pour la profession. A mon avis, on ne peut prétendre être un bon journaliste aujourd’hui au Niger si on ne fait pas de papiers sur le conflit armé. C’est ça l’actualité principale depuis pratiquement une année. Les populations ont soif d’informations. A tous les niveaux, on veut savoir ce que fait l’Armée sur le terrain et ce que font les rebelles.

JE : Pour l’heure, comment s’y prennent les médias pour couvrir le conflit ?
B. D. : Notre principale source est le blog du MNJ. Nous interrogeons régulièrement les voyageurs qui reviennent d’Agadez. Notons que malgré les écoutes téléphoniques, certains habitants d’Agadez et d’Arlit acceptent de répondre à nos questions, par téléphone. Côté gouvernemental, la communication est quasi inexistante.

JE : Ce conflit armé semble tabou au Niger. Pas de réaction au sein de la classe politique et notamment de l’Opposition ; même la Société civile si prompte à revendiquer ses droits se tait sur son droit à disposer d’informations. Pourquoi ?
B. D. : Le sujet est en effet tabou. Les partis politiques, toutes tendances confondues, se sont rangés derrière le président de la République dans sa logique guerrière. Il n’y a plus d’opposition politique au Niger. C’est pratiquement la presse indépendante qui joue le rôle de l’opposition en dénonçant les errements du régime. Pourtant, entre juin et juillet 2007, la classe politique dans son ensemble, y compris le parti du président Tandja, avaient opté pour la négociation avec le MNJ. S’agissant des associations de la société civile censées faciliter les choses en prônant la paix sociale, certaines ont carrément pris parti dans le conflit. Elles vont jusqu’à qualifier le MNJ de terroriste. Un qualificatif utilisé par le père de la Nation dans son message du 18 décembre 2007 à l’occasion du 49e anniversaire de la proclamation de la République du Niger. Une certaine société civile va jusqu’à demander à la communauté internationale d’aider le Niger à anéantir ces terroristes en prenant prétexte d’un certain nombre de conventions internationales. Le gouvernement du Niger ne dit pas mieux ! Je n’ai pas de réponses pour expliquer le pourquoi de ces comportements surprenants de l’opposition politique et de certains animateurs de la société civile qui sont en réalité des pyromanes embusqués.

Propos recueillis par JE


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