Ordinateur pour enfant : Donnez en un, pour en recevoir un

lundi 28 novembre 2011

"Je précise bien, je ne suis nullement le représentant de la structure qui s’occupe du One Laptop Per Child (OLPC). Mon but en l’acquerrant est de lancer un débat sur son utilité dans l’enseignement au Burkina, un pays que j’aime " confie Gilbert Cujean, philanthrope suisse.

C’est donc par le biais du projet, "give 1, get 1" ou offrez-en un pour en recevoir un, qui consiste à acheter deux ordinateurs portables, l’un envoyé dans un pays émergeant, l’autre vous appartenant que Gilbert Cujean a pu se procurer un spécimen.

L’OLPC ou XO laptop, est un ordinateur portable pour un enfant. Il a été réalisé par l’équipe de Massachussetts Institute of Technology des Etats-Unis dirigé par Nicolas Negroponte. Son coût : 100 dollar soit 45 000 F CFA. Son objectif : réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud.
C’est donc autour cet ordinateur d’environ 1kilo 500 g, que la trentaine de membres venant des associations Burkina-Ntic et Yam Pukri, spécialisées dans la promotion et la vulgarisation des technologies de la communication, ont enclenché une discussion. Leur préoccupation : comment et pourquoi cet instrument peut être utile à l’enseignement au Faso ?

Cette thématique a donné naissance à une divergence de points de vue. Ceux qui sont pour, pensent que l’OLPC permettra un accès égalitaire aux connaissances entre milieu rural et urbain. C’est donc une opportunité pour intégrer la société de l’information. Il se présente également comme une source de documentaires pour les enseignants manquant souvent de matériel. Plus concrètement, les partisans de l’usage de cet outil affirment qu’il regroupe un grand nombre de fonctions utiles.

Un ordinateur tout terrain
L’OLPC est doté d’un boîtier robuste et étanche à l’eau et à la poussière donc il n’a pas besoin d’être couvert. Il n’a ni pièce en mouvement ni disque dur, donc tombe rarement en panne. Son écran reste toujours visible en plein soleil. Il dispose d’un chargeur ou dynamo. Il est équipé d’une webcam, d’un port USB. Il a un dispositif sans fil ou Wifi permettant de connecter au moins 30 autres OLPC dans un rayon d’un kilomètre. De ce fait, le XO a besoin uniquement d’un seul point de connexion internet. Ce sont également ces caractéristiques qui ont motivé Gilbert Cujean a contacté le Réseau Burkina-Ntic afin de l’intéresser au produit.
Les réfractaires à l’usage du XO préfèrent que l’Etat burkinabè consacre ses finances à l’amélioration de l’éducation. La construction de salles de classe permettra de désengorger les effectifs pléthoriques. Pour ces réfractaires, l’adoption de l’OLPC nécessitera une création de contenu approprié à l’enseignement or la majorité des instituteurs et professeurs du Burkina ignorent presque tout des nouvelles technologies. Cette situation obligera donc l’Etat à s’engager dans un processus de formation de grande ampleur donc à débourser encore de l’argent. Mais le problème le plus crucial selon Awa Tago, inspectrice de l’enseignement secondaire est "le manque d’électricité, la mauvaise qualité des infrastructures de télécommunication et la connexion Internet dans certaines régions du pays".

Malgré ces conditions, Sylvestre Ouédraogo, coordinateur du réseau Burkina-Ntic reste optimiste. Pour lui, les appréhensions contre l’usage de l’OLPC tomberont comme se sont éclipsées celles contre le téléphone cellulaire. "Il y a seulement 10 an, dit-il, qui aurait prédit que les cireurs de chaussures et les paysans auraient un téléphone cellulaire ?".

Philosophe, Benjamin Sia, Professeur d’Histoire-Géo au Lycée Technique Ouagadougou, et spécialiste en Intégration Pédagogique des TIC pense que "C’est beaucoup plus l’apport de ce projet dans l’élargissement de l’accès et l’amélioration de la qualité de l’éducation qui nous intéresse".

L’OLPC pour promouvoir le savoir
"Yam-Net" et "Burkina-NTIC" à travers leurs réseaux de discussion sur l’éducation et les nouvelles technologies veulent mettre en place un projet pilote concernant l’OLPC dans l’enseignement. Ce projet consisterait à acquérir 20 ou 30 XO avec l’aide de quelques structures internationales et nationales et à organiser des séances de travail mensuelles ou hebdomadaires pour familiariser les élèves et le corps professoral aux particularités et aux opportunités de cette machine car "L’OLPC pourrait constituer une opportunité pour un accès massif et égalitaire à l’information éducative favorisant le développement de l’esprit de recherche des élèves", assure Christophe Hien, enseignant.

Le projet-pilote sera en vigueur à partir de septembre 2008. Elle concernera environ 300 élèves des classes de 6e et 5e des lycées et collèges de Ouagadougou disposant déjà d’une connexion internet. Ces élèves seront dirigés par près de 50 enseignants préalablement formés. "Ainsi, le degré d’efficacité de l’OLPC dans le contexte du Burkina sera décelé. Et les réajustements possibles identifiés au cas où une volonté d’acquisition à grande échelle se manifesterait", précise Benjamin Sia, enseignant et membre du comité de réflexion sur le projet pilote.

Selon Gilbert Cujean, ce X0 est différents des autres portables déjà existant. Il est basé sur les besoins plus ou moins supposés des enfants des pays en développement et donc s’adapte au contexte burkinabè. Pour l’heure, sa promotion est réservée aux Etats - Unis et au Canada quand bien même il est destiné au Tiers-Monde.
L’OLPC a été présenté pour la première fois par Nicolas Negroponte, le responsable dudit projet, lors du sommet mondial sur la société de l’information à Tunis en Tunisie en 2005.

L’enseignement, un analphabète des technologies de l’information
Les outils de l’information et technologie comme l’ordinateur et l’accès à Internet sont très peu présents dans les écoles primaires du Burkina. "A ma connaissance, une seule école publique de la capitale dispose d’une salle d’informatique. Il s’agit de l’école Paspanga Une deuxième école située à Koudougou, ville localisée à une centaine de kilomètre de Ouagadougou dispose d’une salle informatique et ce grâce à un apport extérieur" affirme Benjamin Sia, Professeur d’Histoire-Géo au Lycée Technique Ouagadougou et spécialiste en Intégration Pédagogique.

Au niveau secondaire, la situation est acceptable selon lui. La plupart des établissements publics de Ouagadougou possède une salle informatique. Un projet du Ministère des Poste et télécommunication a permis la connexion de la majorité des lycées et collèges à internet. Le projet TICE-Burkina avec le soutien de l’Institut International pour la Communication et le Développement a permis la formation d’enseignants d’une douzaine d’établissements secondaires.


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