En Afrique, la percée de la liberté de presse passe en ligne

lundi 28 novembre 2011

[|http://cpj.org/blog/2010/08/africas-path-to-press-freedom-goes-online.php|en] Il y a 50 ans, le journalisme de développement avait permis de taire les voix discordantes : il fallait se rallier aux Pères de la nation, construction de l’unité nationale oblige. De ce fait, l’héritage des 50 ans pour la presse francophone s’avère la liberté de presse et d’opinion.

Ainsi les journalistes titillent, exigent que les élites, allergiques à la critique, rendent compte de leur gestion du pouvoir et assument leur responsabilité face aux différents scandales dont ils sont les auteurs. Récemment au Burkina Faso, après que la presse écrite eut a révélé la liaison extraconjugale d’un ministre avec une femme mariée, ce dernier a du démissionner. Chose impensable il y a quelques années de cela.

Enfant et adolescente à Abidjan en Cote d’Ivoire, lors du journal télévisé, j’avais toujours été fascinée par les journalistes sous le feu des actions, couvrant les guerres, les catastrophes, investiguant et mettant au jour les faits et méfaits d’individus intrinsèquement bons ou mauvais. Egalement, j’avais de la considération pour les journalistes qui pour moi, étaient des personnes qui avaient une grande culture générale et avaient la capacité de titiller leurs invités. Pour moi, c’était le métier idéal et c’est toujours le métier idéal.

Mais, en 1998, encore étudiante en 1ère année de journalisme à l’université de Ouagadougou, l’assassinat de Norbert Zongo m’a ouvert les yeux et fait savoir qu’en réalité le métier est plein d’embuches. C’est en ce moment que j’ai compris que le combat pour la liberté de la presse et le respect des règles fondant et soutenant la démocratie étaient un combat, exigeant de la solidarité, de la vigilance et surtout de l’engagement venant principalement des journalistes et de la société civile. D’ailleurs, après la tragédie de Sapouy, les étudiants de l’université de Ouagadougou avaient été les premiers à dénoncer l’assassinat de Zongo, à descendre dans les rues, à manifester...

Avec cet assassinat, j’ai aussi compris que le journaliste ne travaillait jamais en vain. Zongo avait fait des émules. Au moins une demi-dizaine de journaux d’investigation ont vu le jour. Et le régime de Blaise Compaoré semble avoir pris conscience qu’il ne pouvait plus tuer de journalistes. Nonobstant cette prise de conscience, ses actions contre le monde de la presse sont devenues beaucoup plus subtiles. Des journalistes sont souvent convoqués à la gendarmerie, gardés à vue, « victimes de procès pour diffamation » et condamnés à payer des amendes. Cela appelle une redéfinition des stratégies de lutte et commande aux journalistes d’être plus alertes et plus entreprenants.
Dans cette lutte pour l’expression et plus de liberté, la presse francopho

ne africaine a délaissé son compagnon de lutte des années 90 : le peuple. Après l’euphorie du vent de l’ouverture démocratique dans les années 90, une grande partie de la presse francophone s’est maintenant plus acoquinée avec les élites politiques et économiques. Cette accointance a provoqué une déconnexion avec le peuple. De nos jours, la quasi-totalité des medias couvrent presque les mêmes sujets sur les politiques et autres acteurs du monde économique. Conséquence et constat d’ensemble : on assiste à un journalisme institutionnel fait de couverture de séminaires, de conférences, louant les gens d’en haut alors que plus de 90% de la population burkinabè vit dans les campagnes.

Toutefois, l’espoir existe pour les femmes et hommes de presse de se rapprocher encore du peuple. L’internet, tant décrié par les propriétaires de journaux du fait qu’ils perdent un lectorat déjà bas abonné à la version papier, semble l’une des solutions. Malheureusement, les journalistes bloggeurs se comptent sur le bout des doigts en Afrique francophone et plus particulièrement au Burkina Faso : moins d’une dizaine.

La réalisation de leurs objectifs s’avère quelque fois difficile pour les journalistes du fait de l’existence de textes inadéquats. Dans la plupart des pays francophones d’Afrique, le monde des medias plaide encore pour une dépénalisation des délits de presse, un code de l’information moins répressif et surtout l’accès aux sources notamment les documents administratifs. En 2007, je me suis vue « refuser » par l’un des départements du ministère de la Santé burkinabè l’accès à un rapport sur le bilan partiel sur l’épidémie de méningite qui sévissait dans le pays. Après plusieurs tentatives infructueuses, une recherche sur internet et quelques clics sur le site d’une organisation internationale m’ont permis d’avoir accès à ce fameux rapport.

Grace à la presse, l’idéologie de la transparence et de la prise de responsabilité commence à obliger les élites à s’adapter à la scène publique. Ainsi, la presse est en train d’acquérir un statut, un pouvoir. Bien sûr, il faut « renforcer les capacités » comme on dit aujourd’hui, mais c’est sûrement le plus gros des bénéfices.

Cet article peut être lu sur le site du Comité pour la protection des journalistes.


Actualités Burkina-ntic