Les médias au XXIe siècle : nouvelles frontières, nouveaux obstacles

mardi 29 novembre 2011

Le 03 mai dernier, la Journée de la liberté de la presse a été célébrée à travers le monde. Aux Etats-Unis, grâce à l’ONG américaine IREX (International Research & Exchanges), l’opportunité est venue à Washington DC d’abriter pour la première fois cette célébration et de regrouper les éminences grises du monde des medias.

Cette journée a été l’occasion de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, et de se souvenir des journalistes tués et saluer la lutte de ceux qui sont emprisonnés. A ce propos, le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO / Guillermo Cano 2011 est revenu au journaliste iranien, Ahmad Zeidabadi, actuellement détenu en Iran. Il a été choisi par un jury international indépendant composé de douze professionnels des médias. Ce jury a été présidé par Diana Senghor de l’institut Panos de Dakar au Sénégal.
Cette année une place d’honneur est accordée à l’Internet, aux blogs et aux medias sociaux que sont Facebook et Twitter.

Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), près de 2 milliards de personnes, soit plus d’un quart de la population mondiale, ont désormais accès à l’Internet. Et l’une des pratiques les plus répandues sur la toile est le bloging. Le nombre de blogs dans le monde est passé de 22 millions en 2005 à plus de 100 millions en 2010, selon l’UIT.

Les blogueurs sont confrontés dans une certaine mesure aux mêmes risques et aux mêmes tentatives d’intimidation que les journalistes des medias traditionnels. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a constaté que depuis 2008, et cela pour la première fois, il y avait plus de "journalistes en ligne", emprisonnés pour délit d’opinion, que de journalistes des médias traditionnels que sont la radio, la télé et la presse écrite.
En Tunisie, en Egypte et dans bien d’autres pays, ces nouveaux medias ont accru la capacité des populations à s’exprimer et à exercer leur droit de chercher, recevoir, et répandre des informations. Outre cela, les blogs ont permis à certains de défier les autorités, de dénoncer la corruption.

Conséquence : ces medias ont transformé les modalités d’accès à l’information.
Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue a salué le courage dont des journalistes, des bloggeurs et des militants qui ont fait montre en surmontant leur peur pour exprimer leurs griefs, exiger des réformes, la démocratie et la transparence et cela en utilisant, à leur risque et péril, leur liberté d’expression et les nouvelles technologies de l’information. "Jamais dans l’histoire de l’humanité les individus n’ont été aussi interconnectés à travers le monde. Les réseaux sociaux donnent aux individus les moyens de partager et de diffuser l’information en ’temps réel’, et ont joué un rôle clé dans les récentes manifestations ", a souligné La Rue.

Toutefois, ce changement ne s’est pas fait sans inconvénients. Certains gouvernements tentent de bloquer, de filtrer et de censurer l’information. Parallèlement, l’essor de l’Internet et des medias sociaux, la diffusion de l’information via le téléphone cellulaire suscitent des préoccupations aux seins de certains gouvernements et c’est le cas notamment au Burkina Faso. Depuis le mois de février et durant les différentes les différentes manifestations qui ont secoué le pays, les envois et réceptions de SMS ont été coupés.

Si Norbert Zongo a été assassiné en 1998 parce qu’il investiguait sur des sujets qui touchaient des personnalités proches du gouvernement de Blaise Compaoré, dans le reste du monde, d’autres journalistes ont subit le même sort. Par exemple, durant la dernière décennie, selon l’ONU, plus de 500 journalistes ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession.

Soixante ont été tués dans le monde au cours de la seule année 2010. "Chaque semaine, de nouveaux rapports nous apprennent que des journalistes et des blogueurs ont subi des tentatives d’intimidation et des violences ", notent dans un message commun le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, et la Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, Irina Bokova.

Ces personnalités exhortent les Etats, comme le Burkina Faso, à empêcher l’impunité et assurer la sécurité des journalistes. "Nous n’oublierons jamais le courage de ceux qui ont payé de leur vie notre droit de savoir ", ont conclu les trois personnalistes du système des Nations Unies.

Au Burkina Faso, le courage de Norbert Zongo a fait des émules dans le domaine de l’investigation et la dénonciation des maux qui minent la société burkinabé. Toutefois, des exactions, des intimidations contre le monde des medias continuent. C’est le cas du saccage des locaux de la Radio Savane FM en avril dernier par les militaires. Bien avant, en mars, des militaires avaient confisqué le véhicule de reportage de journalistes de la chaine africaine Africable. En ce même mois de mars, des individus avaient empêché une équipe de la TNB de couvrir une marche.

A Washington DC, les hauts responsables des Nations Unies ont invité tous les gouvernements à œuvrer pour la promotion de la liberté d’expression. "En cette Journée mondiale de la liberté de la presse 2011, nous demandons à tous les gouvernements de joindre leurs forces à celles de l’Organisation des Nations Unies pour garantir et promouvoir la liberté d’expression dans les publications papier, sur les ondes et en ligne. "

Le 20 décembre 1993, l’Assemblée générale des Nations Unies avait proclamé le 3 mai Journée mondiale de la liberté de la presse. Cette décision faisait suite à une résolution intitulée "Promotion de la liberté de la presse dans le monde ?", adoptée en 1991 par l’UNESCO.

La Journée est célébrée le jour de l’anniversaire de la Déclaration dite de Windhoek, adoptée le 3 mai 1991 lors d’un Séminaire organisé par l’UNESCO et l’Organisation des Nations Unies.


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