C’est quoi le rôle des forces de l’ordre ?

mardi 29 novembre 2011

Les récents événements survenus à l’hôpital Yalgado nous conduisent à nous interroger sur le rôle exact des forces de l’ordre dans une démocratie. Nous avons tous entendu les dénégations du directeur général de l’hôpital qui affirme que les forces de sécurité n’ont pas tiré à balle réelle sur les étudiants Internes qui revendiquaient leur droit. Il a été bien entendu démenti de façon flagrante par les forces de l’ordre elles-mêmes, qui ont menacé nos confrère du journal Le Pays de leur servir la même chose qu’elles avaient servi aux étudiants Internes. Le problème est donc devenu véritablement crucial dans un pays qui se vante d’être l’étalon en matière de démocratie. Nous sommes d’ailleurs un candidat assez sérieux pour occuper les instances onusiennes qui gèrent les questions de droits de l’homme. Alors la question est toute simple : peut-on aspirer à ce niveau de responsabilité au niveau international, quand dans son propre pays, une simple manifestation d’étudiant est réprimée dans le sang ?

Nos textes sont assez clairs. Tout citoyen a le droit fondamental d’exprimer sa désapprobation des actions publiques qui portent atteinte à ses intérêts, à sa dignité. La manifestation sur la voie publique est autorisée. Elle est simplement réglementée. Mais réglementée ne veut pas dire interdite. C’est une simple action administrative qui permet de mieux encadrer les manifestations et d’en situer les responsabilités, quand il y a débordement. Dans de pareilles circonstances, les forces de sécurité assurent " le maintien de l’ordre ". Elles n’ont pas mandat d’abattre les manifestants. Car tirer délibérément sur des gens qui manifestent, c’est choisir consciemment d’en tuer certains. Il ne peut pas y avoir une autre explication.

On en vient alors à cette autre question fondamentale, les forces de l’ordre ont-elles le droit d’attenter à la vie des gens, au nom du maintien de l’ordre ? La loi encadre strictement les conditions de la légitime défense. En aucun cas, il n’est permis à un homme en tenue de délibérément faire usage de son arme à feu. C’est d’ailleurs parce qu’il en est ainsi, que la loi réglemente le processus d’engagement des forces dans le maintien de l’ordre. Il y a les forces de première catégorie, de deuxième et de troisième qui correspondent au rétablissement de l’ordre. Mais cet engagement ne se décide pas à la légère comme on le voit fréquemment à l’université de Ouagadougou où pour un rien, les militaires de la garde présidentielle sont envoyés aux trousses des étudiants pour les canarder avec des balles réelles.

Il faut incontestablement qu’une réflexion se mène sur notre démocratie et sur notre Etat de droit. Les deux ne sauraient se réduire à la tenue régulière des élections et à l’existence des institutions de la République. Il faut plus. Il faut commencer par l’essentiel, le respect de la vie des gens. Le fait même que les forces de l’ordre interviennent dans une enceinte comme l’hôpital est intolérable. La symbolique est désastreuse pour l’image que veulent se donner notre pays et ses dirigeants sur les questions fondamentales de la démocrate au niveau international.

On ne juge pas un dirigeant sur sa capacité à être gentil avec les autres peuples. Mais sur ses rapports avec son propre peuple. Sur cette question, les nôtres doivent revoir leur copie. Dans la même année, les forces de l’ordre ont fait usage de balles réelles par deux fois, contre leurs propres concitoyens. En juin sur le campus et puis plus récemment avec les événements de l’hôpital Yalgado. Dans les deux cas, il n’y a pas eu d’ouverture d’une enquête, même symboliquement pour situer les responsabilités et éventuellement châtier les fautifs.

Cette façon de faire n’est pas compatible avec les exigences de l’Etat de droit. Le Premier ministre, pour qui nombre de Burkinabè témoignent de l’estime, n’a pas craint dans une interview à Jeune Afrique à endosser la gestion de la crise à l’université de Ouagadougou. Ce faisant, il endosse aussi l’utilisation des balles réelles contre les étudiants. Comme on le voit, la " rupture ", dans la gestion des affaires de l’Etat, qu’il prône ne concerne pas tous les aspects de la vie démocratique. Sur la question des droits humains, Tertius Zongo ne semble pas vouloir différer de ceux qui l’ont précédé. Or, c’est là que se joue l’essentiel. Pour profiter des bienfaits d’une bonne gouvernance, il faut être vivant. Ça va de soi !


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