Coupe du monde 2010 : A l’Afrique du Sud, les honneurs et à l’Espagne le trophée

mardi 29 novembre 2011

L’Afrique du Sud a battu en brèche les stéréotypes et appréhensions qui la disaient incapables d’organiser et de réussir le mondial 2010. Il fallait être témoin, être sur le continent noir pendant la durée des jeux pour se rendre compte du challenge réussi par l’Afrique du Sud. Il fallait y vivre le sublime mondial.

Soccer City. C’est la pénombre. Le bourdonnement des essaims bleu, jaune, rouge, blanc de vuvuzelas envahit l’atmosphère. Soudain à 18h45, heure de Johannesburg, le ciel s’embrase. Un monde fou et ivre s’égosille, se débat, bien sûr de joie. Les étincelles de feux propulsées dans le ciel brillent de mille feux. Du sol, un écran géant propulse la mémoire des jeux. Elle est faite de buts, de déceptions, de victoires pour les équipes ; de rencontres, d’amours, de passions, et de tristesses pour les fans.

Un croc en jambe aux détracteurs du continent. Durant un mois, cette ferveur a guidé tous les fans de foot. Mais ce 11 juillet 2010, c’est la cérémonie de clôture de la première coupe du monde jamais organisée sur le continent africain. Et depuis le 11 juin dernier, la nation arc-en-ciel a fait un croc en jambe à ses détracteurs. Détracteurs qui à travers l’Europe et les Amériques avaient pensé, avaient écrit dans leurs medias que l’Afrique du Sud était incapable d’organiser et de réussir le mondial.
Le journaliste américain, Roger Cohen, du New York Times avec qui j’ai discuté reconnaît avoir également tenu ce genre de propos. Mais après avoir passé plus d’un mois a sillonné Durban, Port Elizabeth, Joburg, etc. pour écrire ses éditoriaux et autres papiers, il dit resté bouche-B tellement il a été émerveillé des potentialités du pays qui est loin des stéréotypes mentionnées dans les medias. Il confie : "Je suis agréablement surpris par la capacité du pays à gérer et organiser les choses, par la modernité des infrastructures." Bien avant son arrivée en Afrique du Sud, Cohen était de ceux qui craignaient d’être attaqués ou kidnappés par les méchants bandits sud africains. Il craignait d’être dévalisé, de côtoyer la misère et le désespoir indécents des populations. Heureusement, dit-il, il n’en a rien été.
Durant les jeux, seulement une centaine de petits crimes ont été commis. Et ils ont été en grande majorité l’acte d’individus ne résidant pas sur le continent africain, affirme Jermaine Craig du Comité d’organisation de la Coupe du monde.

S’étant rendu en personne en Afrique du Sud et ayant vu et vécu les choses par lui-même, Cohen a une autre image du pays. Il pense qu’il existe même des similitudes entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. "Ce que j’ai vu et vécu ici n’était pas différent de ce que je vis aux Etats-Unis", précise Cohen. Puis se fendant d’un rire, il affirme : " je reviendrai bien volontiers visiter le pays et c’est avec plaisir que j’amènerai ma famille."

La crainte des Occidentaux qui n’ont jamais visité l’Afrique du Sud, déclare Tony, un habitant de Orlando West, Soweto est infondée. " Jai toujours été confiant par rapport a la capacité de l’Afrique du Sud à réussir les jeux. Nous sommes une grande nation qui sait célébrer tout grand événement. Nous disposons des infrastructures nécessaires et que demander de plus ? A ces Occidentaux qui continuent de penser que nous vivons dans le désespoir, la maladie, la misère, je leur demande de visiter le continent et ils verront d’eux-mêmes que l’Afrique n’est pas l’enfer qu’ils croient."

Si pour Cohen la capacité de l’Afrique du sud a fait l’œuvre de nombreux articles, il n’en était pas de même en ce qui concerne Paul, la pieuvre, qui a prédit la victoire de l’Espagne contre la Hollande en match de finale et de Shakira. N’empêche que ces deux derniers ont tenu en haleine le public. Shakira surtout, avec ses déhanchements cadencés, a envouté le public, donné des maux de reins à ses vieux-os, qui inondés de bonheur voulaient l’imiter. "C’est beau à regarder, mais pas facile à imiter", avoue Luis, un supporter venu du Brésil. Certains, par contre, s’en sont bien tirés. Hommes et femmes ont rivalisé de prouesses et d’ardeurs au rythme de Waka waka ehe zominamina zankaleya nawaka ehe chantee par la chanteuse libano-espagnole. Mieux encore, les vuvuzelas ont en chœur repris la fameuse chanson. Et Soccer City était bouillonnant de vie, de cris et de premières fois.

Les toutes premières fois. Ainsi, c’est la première fois que l’Espagne, par un but à zéro contre la Hollande, remporte la coupe du monde. Et c’est également la première fois qu’une équipe européenne remporte le trophée en dehors de l’Europe. Et c’est la première fois qu’une pieuvre est célébrée en Espagne comme un héro. Maintenant, il est une icône dont de nombreux supporters arborent l’image sur leur corps.

De douleurs, Jimmy Jump a du s’en tordre. Lui qui en toute enjambée croyait pouvoir toucher le trophée en or massif de la coupe du monde. Malheureusement, il a été rattrapé dans sa course folle par la chaine d’agents déployés sur le terrain et assurant la sécurité de la coupe. Un croc-en-jambe l’a fait plonger au sol. Essayant de se relever, un coup de poing de l’un des ces agents le met KO. Puis, soulevé par sept agents, comme un sac de riz, Jimmy Jump est transporté hors du terrain. Les journalistes, cameras et appareil photos en main immortalisent la scène. De son coté, le public exulte face à cette audace de Jimmy Jump. "C’est un rêve que de toucher la coupe ", lance un spectateur.

Le rêve est devenu réalité pour les 90 000 supporters de Soccer city. Mandela leur a fait la surprise. Il était là. "Madiba, Madiba, Madiba" a scandé le public. Et Mandela leur a fait des signes de la main. Et de plus belle le public a scandé : "Madiba, Madiba, Madiba". Puis les vuvuezlas en cœur ont reprit l’écho. Mandela au stade avait à ses cotés son épouse, Graça Machel. Sur un papa-mobile, et avec sourires, le couple a fait une petite ronde sur le stade. Mandela, habillé d’un manteau, de gants, et d’un chapeau en fourrures s’était bien protégé du froid en dessous de zéro. Déjà à 92 ans, il a une santé fragile. Mandela n’est pas resté pour les jeux. Il a quitté le stade quelques minutes après son apparition. Néanmoins, les personnalités étrangères comme Robert Mugabe, Blaise Compaoré, Koffi Annan ont bien suivi les jeux.

Avec le décès brutal de son arrière petite fille, Zenani, Mandela n’a pas pu participer aux débuts des jeux en juin dernier. Jusqu’au 09 juillet dernier, deux jours avant la finale, la Fifa n’était pas certaine de la présence de Mandela au match final. Nicholas Maigaux, le chargé de communication de la Fifa avait même affirmé que la décision finale concernant la présence de Mandela au stade était du ressort de la famille du dignitaire.

Du fait qu’il a été celui par qui le continent a abrité sa première coupe du monde, sa présence qui a duré moins de cinq minutes a mis du baume au cœur des supporters et celui de la Fifa qui selon certaines sources a joué des pieds et des mains afin que Madiba soit à cette finale. Cette pression semble-t-il n’a pas été du goût de tous les membres de la famille Mandela.
Si l’Afrique du Sud est aujourd’hui sur la liste des grandes nations ayant brillamment organisé la coupe du monde, c’est bien grâce à Nelson Mandela a affirmé Sepp Blatter. Et ce dernier n’a pas manqué de rendre hommage à Mandela lors de la dernière conférence de presse de la Fifa à Sandton le 12 juillet dernier.

Et si la mémoire collective retient cet engagement de Mandela, elle assimilera désormais le vuvuzela au foot. Mieux, le vuvuzela fera partie des nouveaux mots à retrouver très prochainement dans les dictionnaires occidentaux. Et même si bon nombre d’Occidentaux, comme Matthew Futterman du Wall Street Journal dit avoir détesté le vuvuzela du simple fait de son son strident ressemblant a celui de bourdonnements d’abeilles ou de mouches, il n’empêche qu’ils en ont acheté comme présents pour amis et frères. Marguerite, vendeuse de souvenirs reconnaît avoir fait ses meilleurs chiffres d’affaires rien qu’a vendre les vuvuzelas. Et ses meilleurs clients, confie-t-elle, étaient des Européens et des Américains.

Un continent qui gagne. La cerise sur le gâteau pour l’Afrique du Sud est que des 15 000 journalistes accrédités lors du mondial, nombreux sont ceux étrangers, comme Gustavo Flores de Salvador ou de Siddharth Sanexa du Times of India, qui repartent avec une image positive du continent. Ils ont été les témoins du quotidien de la grande majorité des populations. Ils ont vu, appréhendé et questionné la capacité et les potentialités du continent et surtout de l’Afrique du sud à organiser des événements grandioses. Et c’est dans ce sens que "L’Afrique du Sud doit être fier. Le pays vient d’obtenir la considération du monde entier. C’est une énorme victoire pour le peuple sud africain," a affirmé la chancelière allemande, Angela Merkel. Et il n’est pas étonnant que Sepp Blatter, le président de la Fifa, donne une note de 9 sur 10 au pays.
Vue cette réussite, certains journalistes comme Steven Goff, Grahame Jones affirment que l’Afrique du sud peut organiser les jeux olympiques tout comme le Maroc, l’Algérie, la Coupe du monde.
Malgré ces éloges, il faut aussi reconnaître que le continent a déçu. Sa prestation durant les jeux a été quasi nulle.

Une économie revigorée. Malgré le fait que les jeux étaient sur notre sol et sous notre soleil, notre continent représenté par les six pays que sont le Ghana, l’Algérie, la Cote d’ivoire, le Cameroun, l’Afrique du Sud et le Nigeria se sont copieusement fait battre. Heureusement que le Ghana a tenté de sauver l’honneur. Asamoah Gyan, restera dans les annales comme celui qui a raté le penalty contre l’Uruguay. Le penalty raté qui a brisé le cœur des Africains. Heureusement qu’il s’est rattrapé en marquant le second penalty. Mais cette jubilation, ces étreintes de joie sont éphémères par rapport a la puissance de la main du diable. Le Ghana perd le match car Luis Suarez, dans les filets du but a joué au gardien. Les dieux du foot, non le Diable du foot a voulu que, l’Uruguay, élimine le dernier espoir africain.
Après un mois de grand football, les fans et la FIFA ont plié bagages. Que reste-t-il à l’Afrique du Sud ? Une économie revigorée. Les affluences dans les 10 stades ayant abrité les différentes compétitions ont été très bonnes. Selon la Fifa, au total, plus de 3 millions de spectateurs se sont rendus dans les stades ; soit une moyenne de 30.000 spectateurs par match. C’est la 3e plus grande affluence dans l’histoire du mondial, après celle des Etats-Unis 1994 et de Allemagne 2006.

L’investissement dans les infrastructures a été énorme. Selon Jermaine Craig, le pays, a injecté prés de 3 milliards de dollars dans la construction des routes, aéroports, transports en commun. Et enfin, grâce au mondial, les touristes ont injecté prés de 2 milliards de dollars dans l’économie locale. Avec cette coupe du monde, l’Afrique du sud s’est inscrite avec noblesse dans l’histoire.


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