Les koudous du Faso : Du tact dans les plats

samedi 17 décembre 2011

La sensation du plaisir gustatif est un atout que tout homme possède dès sa naissance mais aiguiser son gout de la saveur est conditionné par des stimulations provoquées par l’art culinaire. Epicé, croustillant, savoureux, succulent, ces expressions utilisées pour apprécier la cuisine africaine et étrangère démontrent bien combien cette dernière, pour être un art, a besoin que des soins intenses caressent son contenu. Et c’est à cet exercice que se sont livrées les femmes du pays des hommes intègres pour présenter leur talent, la richesse débordante des variétés culinaires du pays. Il était 09 heures du matin ce samedi 15 octobre lorsque nous sommes arrivés au SIAO.

Une journée consacrée à la promotion de l’art culinaire organisé par l’ONG OXFAM est la raison qui nous y a conduit. L’odorat bien aiguisé, nous reniflons les odeurs bienfaisantes qui dirigent nos sens vers le premier plat. Dans la catégorie sauce, un plat fait à base d’oseille, de riz, d’arachide et de kinnebdo bien décoré attire notre attention. Du Babenda, cette sauce jadis préparée à base de feuille de contre saison pour supporter la soudure dans les moments de rupture de céréale fait l’objet d’une préparation spéciale et devient dès lors un repas copieux de cérémonie.

A mille mains, mille façons de préparer. Chaque femme a donc sa manière particulière d’appâter les gens avec son plat. Madame Sala Babenda, spécialiste dans ce genre, nous confie son secret : « j’ajoute aux feuilles de la potace pour faciliter la cuisson afin de donner un goût particulier à la sauce, j’y mélange de l’arachide décortiqué, la sauce quand elle devient jaunâtre, je dimunie le feu pour laisser mijoter ». Véritable délice qui oblige à tourner et à retourner la langue après avoir goûté ce plat. Juste à côté, du « marjo nature » attend le passage des « goûter ». Cette recette à base de soja, d’huile, de tomate, d’oignon, de feuille d’oignon et décorée avec du poivron se présente comme une tartine baignant dans une couche écrémée de jus d’ingrédients. L’Afrique serait-elle aussi le berceau de l’art culinaire en plus d’être celui de l’humanité ? Ce qui se constate à cette journée risque de confirmer cette hypothèse.

Du côté de la catégorie céréale, toute sorte de compositions se présente. L’art culinaire Burkinabé est vraiment basée sur plusieurs caractéristiques. Il recherche l’harmonie dans la diversité des goûts étant donné le nombre important des ethnies dans ce pays, la variété de parfums et une meilleure présentation. Ensuite, il se veut à la fois léger, fraîs, épicée et souvent parfumé avec beaucoup de poissons et de viandes traduisant l’harmonie de l’homme avec la nature. Enfin, l’art culinaire Burkinabé fait appel au sens, et est le résultat d’une constante évolution au rythme des influences des cultures d’autres pays.

En démontre l’originalité de certaines mains présentées comme la glace faite à base de produits locaux tels le karité, le néré, le raison. Les jus aussi sont faits à base de produits locaux comme le poids de terre succré, la farine de mil, le gimgimbre, etc. La satisfaction est totale chez les visiteurs. « J’allais dans les restaurant des pays étrangers pour trouver mon compte avec la variété des plats car je ne savais pas les femmes burkinabè capables de telles révolutions dans les plats. Maintenant je suis rassuré, on peut manger burkinabé et vivre 100 ans » affirme Mme Ouédraogo Placide, une visiteuse.

Tout compte fait l’art culinaire se veut de plus en plus élitiste car il requiert une culture gastronomique avec des connaissances et des références permettant au convive, comme au cuisinier, de se situer dans un style défini et reconnu. De surcroît, cette connaissance, voire reconnaissance stylistique du milieu gastronomique par le convive, lui permet d’apprécier à sa juste dimension la préparation culinaire du cuisinier. Nous pouvons donc véritablement parler d’identité culinaire.

L’art culinaire devient donc aujourd’hui une culture, qui, comme la littérature ou l’art en général, connaît des adeptes aux diverses expériences. La confiance qui regagne peu à peu les consommateurs burkinabè pourrait relancer le débat du manque d’information sur les restaurants burkinabé qui existent. Souhaitons donc qu’une stratégie de communication soit conçue pour permettre à chacun de trouver son compte.


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