Danielle Mitterrand ou la mort de la Conscience française ?

vendredi 30 décembre 2011

François Mitterrand est mort en janvier 1996, à l’âge de 80 ans. Sa veuve, Danielle, en cette nuit du mardi 22 novembre 2011 à Paris, s’en est allée. Elle ne sera pas inhumée aux côtés de son époux mais dans le caveau que possède sa propre famille. Elle avait 87 ans et avait souffert ces derniers mois de grande fatigue et de problèmes respiratoires.

En novembre 1986, le couple présidentiel français avait rendu visite à Mariam et Thomas Sankara. Le Burkina Faso, sous Sankara, avait toujours refusé de participer au sommet France-Afrique. Et évidemment, sous ce dernier, aucun représentant ne s’était rendu au sommet France-Afrique qui avait eu lieu à Lomé au Togo. Et c’est pour s’enquérir personnellement des raisons de cette absence que François accompagné de Danielle s’était rendus à Ouaga. Lors du dîner offert au président français, Sankara prononça un discours dont les revendications provoquèrent la colère de Mitterrand.

Ce jeune président avait osé dénoncer haut et fort le diktat et les dérives des pouvoirs occidentaux sur le reste du monde : Extrait : « [...] C’est dans ce contexte, Monsieur François Mitterrand, que nous n’avons pas compris comment des bandits, comme Jonas Savimbi, des tueurs comme Pieter Botha, ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tâchée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en porteront l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours ».

Si Mitterrand était touché par l’outrecuidance de Sankara, certainement que Danielle a été séduite par son courage. D’ailleurs, une source française affirma qu’elle a déjà participé à l’une des cérémonies commémorant son assassinat. Et si le voyage de 1986 avait été le premier pour Danielle, elle ne serait certainement pas la dernière à Ouaga. Danielle y reviendra plus tard pour des œuvres de charité sponsorisées par France-liberté, son ONG.

La gauche française unanimement a salué la femme courage lorsqu’un communiqué officiel a annoncé son départ de ce monde. Il faut dire qu’elle a souvent osé, lorsque son époux, François, mu par les intérêts politiques et stratégiques se taisait. Ce fut le cas, lorsque les Etats-Unis dans sa campagne de dénigrement à l’endroit de Cuba accusa Fidel Castro de violation des droits humains. Une fois sur le terrain, Danielle se rendit compte que les Cubains avaient une bien meilleure vie comparée à certains pays occidentaux dits développés. Elle rejette le qualificatif de dictature affublée à Cuba car le niveau de l’éducation et la couverture santé sont remarquables. D’ailleurs, le réalisateur américain Michael Moore plébiscite dans son film « Sicko » paru en 2007 le système sanitaire cubain. Danielle s’étant rendue à Cuba pour avoir l’info de première main refuse de considérer Fidel Castro comme un dictateur martyrisant sa propre population.

De ce fait, elle prit fait et cause pour Castro qui devient par la suite un Fidel Ami. Et c’est évidemment que Martine Aubry, première secrétaire du PS, au nom du parti qu’elle dirige, a dit que « la France perd une conscience qui savait lui parler en face. » Danielle, toute sa vie, s’est battue contre la pauvreté et surtout pour la liberté des peuples. Dans cette perspective, elle avait pris partie pour les causes kurde et tibétaine.

D’ailleurs à 17 ans déjà, elle était dans la Résistance et combattait pour la libération de la France occupée par les Nazis. C’est au cours de cet engagement qu’elle rencontra en 1944 François Mitterrand, lui également résistant. Après la Libération, Danielle et François se marièrent et eurent trois enfants. Puis en 1981, François devient président. Du courage et de la dignité, il en fallait à Danielle lorsqu’elle découvrir la vie polygamique que Mitterrand menait avec Anne Pingeot. De cette vie cachée, Mitterrand eu une fille, Mazarine. « La vie lui a réservé des épreuves qu’elle a surmontées avec dignité et courage », a mentionné à cet effet Ségolène Royal, ex-candidate à l’Elysée. En 2007, Danielle soutiendra la socialiste Ségolène Royal durant la campagne présidentielle.

A la mort de François, Danielle continuera à militer au sein de sa fondation créé en 1986. « A travers la Fondation France Liberté, elle a su défendre et illustrer des causes justes et courageuses, en refusant toutes les formes de compromission ou de résignation », a déclaré Bertrand Delanoë, Maire de la ville de Paris. Danielle était dans les cercles du pouvoir mais elle n’était pas adepte du politiquement correct. Dans une interview en octobre dernier au media français La vie, le journaliste lui ayant demandé le message qu’elle voulait laisser au monde, elle avait affirmé : « J’attends que l’on sorte de la croissance, qui amplifie la pauvreté et les inégalités. » Danielle, c’était une femme de cœur. Une humaniste.


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