Le système occulte qui permet la longévité du pouvoir de Blaise Compaoré

samedi 11 août 2012

Blaise Compaoré doit sa longévité au pouvoir à la France. « Outrage !!!! » Certains s’écrieront. Suis-je en train de victimiser le Burkina Faso en accusant la France ? Mais, la France est innocente. C’est le système d’exploitation qu’elle diffuse et utilise qui est attaqué. Et réfuter la culpabilité de la France dans le malheur de nos populations, c’est nier l’existence d’un système occulte : la déshumanisation du Burkinabè ou de l’Africain noir.
Ce système de déshumanisation a causé la perte et le reniement des valeurs de l’humanité du Burkinabè. Et cette désagrégation nourrit le rejet de la mise à l’index de la France. Elle fait de nous, Burkinabè, l’auteur de nos malheurs. Mais qu’en est-il de notre bonheur ?

Le complot a commencé il y a longtemps

La France, tout comme les autres pays occidentaux, défend la splendeur de son système de domination. Et ce système d’exploitation est loin d’être une invention burkinabè ou africaine. Blaise Compaoré est le complice de la France. En 1987, les deux complotent. Le président Thomas Sankara est assassiné. Sur l’autel de ses intérêts, Compaoré et la France sont prêts à tous les crimes. Les gêneurs sont muselés et anéantis.

Depuis la crise malienne de janvier dernier, imposé par la France comme médiateur, Compaoré défend les intérêts français. Le nord du Mali, mer de richesse naturelle, la France veut s’en emparer avec la complicité du Mouvement pour la libération de l’Azawad, Mnla. Et évidemment le Burkina de Compaoré est proMnla. En Côte d’Ivoire, c’est encore Blaise Compaoré qui avait défendu les intérêts français.

En 1987, la droite française installe donc Blaise Compaoré au pouvoir. Pour avoir épousé une ivoirienne, Compaoré bénéficie de la protection et de la bienveillance de Félix Houphouët Boigny, le patriarche de la France-Afrique, un réseau anti-démocratique accaparant les richesses des pays francophones d’Afrique. « Et à partir de cet instant, Compaoré devient alors une force maitresse de la France-Afrique et acquiert de l’importance lorsque Houphouët décède. Il parraine différentes guerres en Afrique de l’ouest : Liberia, Sierra Leone, etc. » affirme Newton Ahmed Barry, journaliste d’investigation et rédacteur en chef du bimensuel burkinabè L’Evénement .

L’inconséquence de la Cour pénale internationale

Et si la CPI a jugé et condamné Charles Taylor en août dernier à cinquante ans de prison ferme sans Compaoré, c’est parce que la France en a décidé ainsi. Or concernant cette affaire de crimes de guerre, de milliers de pages documentent les soutiens de Blaise Compaoré aux différents groupes armés.

En 1998, une Commission indépendante identifie les commanditaires de l’assassin du journaliste Norbert Zongo. Ces commanditaires sont des personnalités proches de Blaise Compaoré. Le petit frère du président, François Compaoré, est mis en cause, tout comme la belle-mère de François Compaoré, Alizéta Ouédraogo et le richissime homme d’affaires proche de Blaise Compaoré, feu Oumarou Kanazoé. Et ceux qui ont commis le meurtre font partis de la garde rapprochée du président. Les étudiants sont les premiers à protester. Le pays s’embrase. Les manifestations se multiplient. La jeunesse exige le départ de Blaise Compaoré.

A cette période, le pouvoir était dans la rue. Il fallait le ramasser. Mais le Collectif qui rassemblait les organisations syndicales et de la société civile n’a pas porté les aspirations populaires de ce moment-là. « Il n’a posé ni les bonnes questions ni mené les bonnes négociations donc le pouvoir a eu largement le temps de se ressaisir » affirme Cherif Sy, analyste politique burkinabè.

En effet, le Collectif dit exiger la lumière et la justice sur l’assassinat de Norbert Zongo. Le départ du président, il n’en veut pas. « Or l’assassinat de Norbert Zongo est le résultat d’un système. Vouloir la justice sans la disparition de ce système est incohérent » assure Cherif Sy. En 2011, le même scenario se reproduit. Cette fois-ci, des unités d’élites secrètes de l’armée française s’installent d’une part à Kamboisin, le centre de formation militaire de Ouagadougou. Un autre bataillon est dans le nord du Burkina sous prétexte de lutter contre le terrorisme, nous confie une source bien introduite, chose que confirme Cheriff Sy.

Bien avant cela, en 2000 ont lieu les élections législatives. Le Collectif refuse de soutenir les politiques. Le basculement de l’Assemblée nationale dans l’Opposition est donc loin d’avoir lieu. Au Burkina Faso, l’Opposition existe, mais elle manque de vision, d’organisation, et de leader charismatique. Atteindre un objectif reste donc vain. La longévité du pouvoir de Blaise Compaoré s’est encore nourrie des contradictions des forces politiques et sociales.

La poutre dans l’œil

Même si en 1991, il change le treillis pour la démocratie, il n’en demeure pas moins que son pouvoir militaro-civil est fondé sur la violence et la corruption. Ses velléités démocratiques se justifient à travers l’organisation d’élections présidentielles qu’il gagne toujours. Or depuis la période de démocratisation, les populations burkinabè sont loin d’avoir rencontré un leader, avec des idées et un programme conséquents. Plutôt, ils ont rencontré, des observations internationaux qui n’ayant même pas visité ne ce reste qu’un dixième des bureaux de vote, affirment haut et fort que les élections se sont passées dans de très bonnes conditions. Honteusement, ils ferment leurs yeux sur la poutre de la corruption et de la fraude, affirme Newton Ahmed Barry.

Mais à quand le Burkina Faso où l’intérêt des populations est pris en compte ? D’ailleurs, où se trouve cette population ? Pendant longtemps, on pouvait dire qu’elle était du bétail électoral. Depuis 2011, une importante frange de la jeunesse violemment s’exprime. Elle détruit les symboles de l’Etat. Elle les confond au pouvoir de Blaise Compaoré. Elle exige à l’autorité politique corrompue de démissionner. Elle brule les biens de personnalités proches du pouvoir de Blaise Compaoré. Leur acte est condamnable, mais pour le moment, c’est le seul moyen d’expression de sa frustration contre un ordre politique et social. Mais cette fois-ci encore, aucun leader ne prend en compte leur mécontentement. Or cette frustration va crescendo.

La jeunesse burkinabè dit « NON  » au système d’exploitation de la France : Blaise Compaoré et la déculpabilisation de la France dans le malheur que vit nos populations. Notre jeunesse aspire au bonheur et à la prospérité comme les Français. Elle réclame donc des partenaires vrais. Elle exige des alliés francs. Elle veut des collaborateurs loyaux. Elle veut simplement vivre et jouir de la vie comme le font les jeunes français.


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