Suite de l’article : Crise au Sahel : Nous sommes les rebelles maliens

samedi 25 août 2012

Le boomerang est lancé .
Dans le nord Mali, la première rébellion touarègue éclate entre 1962-1963. La sécheresse des années 1970 et 80, pousse les Touaregs à l’exode. Ils s’installent alors en Algérie et en Libye. En Libye, Kadhafi les intègre dans son armée. Dans les années 1990, une autre révolte éclate. Encore, les Touaregs évoquent le délaissement de leur région. Le gouvernement malien signe avec eux un traité. Il choie même bon nombre d’entre eux, affirme Modibo Tandina. Mais depuis 2012, Iyad Ag Ghali, le père de la rébellion des années 1990, ne veut pas l’indépendance, assure Chaane Takiyou, journaliste à Tombouctou. Il veut seulement imposer la charia dans le nord. Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) partage aussi cet objectif.

Or depuis plus d’une décennie, le nord Mali est devenu une zone mafieuse. « 15 % de la production mondiale de cocaïne transite ainsi par le Sahara, » selon l’Institut français pour la recherche et le développement(IRD). Le 15 avril dernier en Algérie, lors d’une conférence, Richard Labevière, journaliste français et expert en terrorisme, confirme les faits. Le Sahel abrite « des cartels de la drogue, à la fois de la Colombie, du Venezuela, et récemment du Mexique ».

Mais comment les mouvements du nord Mali financièrement survivent ? « Le Mnla à partir de trafic d’armes, de drogue, et de carburant » déclare Chaane Takiyou. Puis de renchérir « mais Bilal Ag Cherif, [secrétaire général du Mnla, ancien diplomate du Mali en Arabie Saoudite] est immensément riche. » Quant au Mujao, composé d’Algériens, ils font le commerce d’otages. « Et à chaque fois qu’ils s’appauvrissent, ils vendent ces otages-là, » affirme Chaane Takiyou. Le 12 juillet dernier, contre une rançon de deux à trois millions d’euros, le Mujao a relâché trois otages occidentaux. Selon Chaane Takiyou, le Mujao, pourra encore « engranger des milliers d’euros. Ils ont toujours cinq otages occidentaux et quatre Algériens. »

La lutte pour la survie .
La lutte pour le leadership dans le nord semble ardue. Mi-juin 2012, le Mujao, Ansar dine, et le Mnla s’affrontent. Le 27 juin, Bilal Ag Chérif, Secrétaire général du Mnla, touareg originaire de Kidal, est blessé. Un avion militaire burkinabè, l’évacue d’urgence au Burkina Faso. Issa N’Diaye, politologue malien et enseignant à l’université de Bamako, parle de « violation du territoire malien. » Mais le Burkina Faso n’est pas le seul à le faire. Des avions qatari atterrissent et décollent constamment du nord, confie Alassane Diarra, journaliste et responsable du desk politique au quotidien L’Indépendant. Modibo Tandina et Chaane Takiyou assurent que les Américains sont également dans la zone. Or l’Amérique de Obama accuse Al-Qaïda d’être à l’origine du trouble que vit le Mali.

Mais qui est donc Al-Qaïda ? .
Al-Qaïda n’existe pas, assure Richard Labevière. Dans son ouvrage « Les dollars de la terreur, » Labevière, démontre les liens entre la CIA, Al-Qaïda, l’Arabie Saoudite, et le Qatar. Mais pourtant Hillary Clinton, à Dakar, a affirmé que son pays veut protéger l’Afrique de Al-Qaïda. L’empire américain, depuis la fin de la guerre froide est sans ennemi, dit Labevière. « Et cela est effroyable pour un empire. Il lui faut donc s’en inventer un autre,[ennemi]. » Les Etats-Unis s’imaginent donc un adversaire fictif. Pour le combattre, militairement, ils se déploient dans le monde et occupent les zones géostratégiques. En avril 2012, trois militaires américains meurent dans un accident de voiture au Mali. Le Washington Post contacte le gouvernement américain. Mais il ne fournit aucune explication sur la présence de ses soldats au Mali. Or, après le coup d’Etat du 22 mars à Bamako, les Etats-Unis avaient suspendu leur relation militaire avec le pays. L’intention des Américains : permettre à leur machine économique et celle de leurs alliés de tourner, assure Cheriff Sy.

Pour l’heure, Al-Qaïda, c’est-à-dire les Etats Unis, et ses démembrements s’en prennent à la population : amputations de membres et bastonnades. Et dans cette crise, le président burkinabè, Blaise Compaoré joue au médiateur. Certains membres influents du Mnla résident à Ouagadougou. Juge ou partie ? Ben Laden a pendant longtemps été au service des Américains. Ne faisant plus leur affaire, ces derniers l’ont lâché. Compaoré subira t-il le même sort ? Ce 2 juillet 2012, la sentence est tombée. Laurent Bigot, sous-directeur Afrique de l’ouest au ministère français des Affaires Etrangères, à l’Institut français des relations internationales de Paris, a fait des révélations lors d’un colloque sur la crise au Sahel : le Burkina Faso sera le prochain Etat à s’effondrer après le Mali.

Après s’être longtemps courbé, notre continent doit maintenant rejeter ceux qui sont à califourchon sur lui. Se mettre debout. La tête haute et fièrement marcher. Et cela pour le bonheur de ses populations. Lire la première partie de l’article en cliquant sur ce lien.


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