Le Burkina séduit à Addis Abeba, mais révulse à Ouaga

mercredi 22 avril 2015

Expertise en économie verte : le Burkina séduit à Addis Abeba, mais révulse à Ouaga

De la Sonabel à la Sonavilaine, il n’y a qu’un pas. En effet, depuis plus de deux mois, le Burkina Faso baigne dans la pénombre, faute d’électricité. La Société nationale d’électricité du Burkina Faso, Sonabel, éprouve des difficultés à fournir constamment de l’électricité aux Burkinabè. Malgré cette situation qui révulse les populations, à l’extérieur, le pays est pourtant vu comme un modèle en matière, entre autres de productions énergétiques par le biais du développement de l’énergie solaire.
Par exemple, cette énergie solaire, grâce à une centrale offerte par Taiwan, fournit plus de 50%, la consommation en électricité de la Présidence du Faso soit 655 957 000 FCFA, affirme Fidèle Bama. Ce dernier est le directeur général de l’Economie et de la planification.
A la Conférence conjointe des Ministres des Finances, du Budget, de la planification économique et de l’Intégration, organisée par la Commission Economique pour l’Afrique, du 25 au 31 mars 2015 dans la capitale éthiopienne, Fidèle Bama a débattu de la problématique de l’économie verte comme clé conditionnant l’existence même des différents pays du continent, notamment celle du Burkina Faso. Mais au juste, pourquoi le Burkina Faso, un pays de paradoxe écologique et énergétique peut-il être un modèle en matière d’économie verte ? Interview avec Fidèle Bama, Directeur général de l’économie et de la planification.…

Ramata SORE : Comment le Burkina Faso, pays au climat semi-aride avec des précipitions relativement faible, de mauvaises campagnes agricoles, d’accès difficile à l’eau et à l’électricité peut-il être un bon exemple en matière d’économie verte ?

Fidèle Bama : L’économie verte et inclusive, c’est celle-là même qui consiste à créer des richesses, à réduire la pauvreté, tout en préservant l’environnement, le préserver pour les générations futures parce que ça ne sert pas de créer de la richesse en polluant l’environnement, en détruisant cet environnement parce que nous avons des enfants qui doivent y vivre dans 15, 20, ou 50 ans. Donc, il est nécessaire que cet environnement soit vraiment protégé pour permettre à ces générations futures-là de vivre sans problèmes.

Ramata SORE : Mais quelle est l’expertise du Burkina Faso en matière d’économie verte vu que le pays ne cesse de recevoir des félicitations de la part des différentes délégations présentes à Addis Abeba ?

Fidèle Bama : Le Burkina Faso de part sa position géographique n’avait pas d’autre choix que d’appliquer la croissance inclusive et en la matière le Burkina Faso a de l’expérience surtout avec la stratégie de croissance accélérée du développement durable. Le fait même que ça se termine par développement durable montre qu’on prend conscience que cette question-là est importante. Et depuis pas mal d’années au Burkina, il y’a des ministères chargés de l’environnement et du cadre de vie, du développement durable qui sont crées et nous avons des cas concrets comme la loi portant exonération des plaques solaires au Burkina depuis 2010 qui a des résultats assez intéressants en termes de couvertures, en terme d’alimentations énergétiques dans les quartiers périphériques et même dans les villages. Il y’a également des cas de financements privés et en la matière, il y’a une banque au Bukina Faso, je ne sais pas si c’est le lieu de donner le nom, mais c’est la Société Générale qui a mis en place des “prêts énergies renouvelables.” Ces prêts permettent à leurs clients, aux populations, aux entreprises qui aimeraient, de pouvoir investir à des taux relativement intéressants dans l’énergie solaire et cette banque s’applique à elle-même le projet. Quand vous regarder sur le toit de cette banque-là, vous avez des plaques solaires qui lui permettent de compenser son énergie à hauteur de 20-25%. Il y’a aussi la présidence du Faso qui est alimentée sous forme de plaques solaires et là-aussi, ça contribue à atténuer sa consommation énergétique. Il y a aussi le Ministère de l’environnement et du développement durable.
Il y’a un autre projet que jai présenté et qui a beaucoup plu aux gens, c’est le projet Belwet du Larlé Naaba qui a essayé de developper le jatropha avec une approche assez novatrice qui permet en même temps de réduire la pauvreté des populations. Des intrants sont distribués aux populations qui les plantent et par la suite, la récolte est collectée et transformée dans une usine de fortes capacités. Cette usine permet de produire de l’huile végétale et du biocarburant et a une capacité de 45 tonnes de graines par jour, soit 12 500 litres d’huile raffinée. Sur les plantations de jatropha, les populations combinent cultures vivrières et élevage, et cela leur génère des ressources ce qui leur permet de réduire leur pauvreté.

Ramata SORE : J’aimerai revenir sur l’utilisation des plaques solaires comme source énergétique. Dites nous, à combien évaluez-vous l’économie que fait le gouvernement burkinabè ?

Fidèle Bama : c’est vrai que la mesure d’exonération des plaques solaires a un coût parce que ce sont des recettes fiscales que l’Etat devait engranger et que l’Etat décide de laisser tomber. Certes cela a un coût, mais cela également a un effet bénéfique parce que normalement, la production thermique a également un coût assez important car il faut importer les hydrocarbures. Le fait que certaines des populations consomment maintenant l’énergie solaire peut contribuer à diminuer la facture pétrolière du Burkina donc améliorer notre balance commerciale, mais pour le moment, on n’a pas encore mené une véritable étude pour apprécier les gains de l’Etat, pour apprécier l’impact sur la balance commerciale, pour apprécier son impact sur le quotidien des populations et je pense que cette étude-là ne saurait tarder et elle nous permettra de véritablement savoir les effets positifs et bénéfiques de telles mesures sur les populations.

Ramata SORE : en attendant l’étude dont vous parlez, comment se fait la vulgarisation de l’énergie solaire vu que les Burkinabè souffrent de coupures intempestives d’électricité ?

Fidèle Bama : Bon… comme je le disais tantôt ce que l’Etat a fait, c’est d’exonérer le matériel solaire. En l’exonérant, le matériel solaire devient beaucoup moins cher aux populations ; donc, je pense que par ce mécanisme les populations peuvent acquérir ce matériel et jusqu’à présent cela se fait de façon privée. Ce sont des investisseurs privés, des commerçants qui importent ce matériel et qui le mettent à la disposition des populations à des coûts relativement réduits.

Ramata SORE : En fait ma question est en rapport avec l’implication de l’Etat burkinabè dans la gestion de la crise énergétique au Faso et le fait que la Sonabel éprouve des difficultés à satisfaire les populations en la matière ?

Fidèle Lama : Non… de ce point de vue-là, il y’a de grands projets en perspectives. Je crois, il y’a la centrale solaire de Zagtouli et à travers cette centrale-là, je crois que c’est à peu près 20 megawatts qui seront produits et mis en circulation par la suite par la Sonabel, donc l’un des objectifs, c’est d’accroire l’offre. Cela pourrait permettre à ceux qui sont liés aux réseaux Sonabel de pouvoir bénéficier d’une offre plus stable.
Maintenant, pour ce qui est des consommateurs individuels, ce que l’Etat a fait jusque-là, c’est d’exonérer le matériel solaire, peut-être qu’il faudrait réfléchir pour voir comment on peut intensifier l’action de l’Etat dans ce domaine-là pour que l’Etat puisse former ne serait-ce que le personnel et les techniciens qui oeuvrent dans ce domaine-là pour qu’on puisse fournir de l’énergie de qualité et beaucoup plus stable aux différentes populations. Donc, ce sont des actions qui pourraient être envisagées et je pense qu’il y’a des perspectives intéressantes.
Fin.


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