Forum d’Obama à DC : Sango fait un pied de nez à Blaise

samedi 19 novembre 2011

Vous désirez une société meilleure avec des institutions qui fonctionnent à merveille ? Investissez dans la jeunesse ! Obama semble avoir compris cela. Et c’est pourquoi il a rencontré du 03 au 5 aout dernier 120 jeunes africains parmi lesquels, Abdoul Karim Sango, homme politique, juriste de formation, et enseignant permanent de droit public à l’ENAM.

En organisant cette rencontre avec la jeunesse africaine à Washington DC pour célébrer les 50 ans des indépendances de 17 pays africains, il a voulu rompre le cercle des sommets et autres conférences ou des conventions jamais appliquées pourtant signées et ratifiées par nos chefs d’Etat. Sa méthode : discuter avec la future classe dirigeante. En agissant ainsi, Obama vient de mettre fin à une coutume qui veut que les puissances occidentales aient toujours pour interlocuteurs leurs homologues africains.
Des leaders charismatiques
Mais que cache cette initiative américaine ? Serait-ce encore l’une de ces initiatives qui consiste à endoctriner et a "fabriquer " des dirigeants qui seront à leurs soldes dans le futur ? L’histoire de l’Afrique et notamment du Burkina a été marquée d’événements tragiques. Des leaders comme Thomas Sankara, Patrice Lumumba, pour ne citer que ces deux, qui voulaient exprimer leur singularité par rapport à la gestion du pouvoir ont été férocement combattus par les Occidentaux. Ces derniers voulaient le maintien du cordon ombilical du colonialisme, du néocolonialisme et de voulaient nullement. Et quel sort leur a été réservé ? La mort. Et cela simplement parce qu’engagés et soucieux du devenir de leurs peuples, ils voulaient une société libre et prospère pour leurs peuples.
Dans son discours d’ouverture durant la rencontre de DC, Obama a exprimé son désir d’une société libre et démocratique pour l’Afrique. Est-il, tout comme les dirigeants des anciennes puissances coloniales, prêt à ce que cette élite en devenir exige et obtienne l’indépendance dans la gestion des pays africains pays ?
A DC, les représentants de la jeunesse africaine ont soutenu l’idée selon laquelle l’Afrique a besoin d’une démocratie effective. Mais comment l’obtenir ? Comment s’assurer que les dispositions constitutionnelles relatives à la gestion du pouvoir, à la bonne marche de la démocratie soient respectées ? Sango affirme que dans un questionnaire adressé à Obama, il a suggéré que cette dernière problématique soit débattue à l’Assemblée générale des Nations Unies afin qu’une solution concertée soit trouvée.
Nécessité du sentiment d’appartenance
En attendant cela, comment le Burkina peut-t-il bénéficier des retombées de la rencontre de DC ? Pour Abdoul Karim Sango, une réplique au niveau national du forum d’Obama permettra à la jeunesse burkinabè de réfléchir et de mener des actions concrètes pour l’avancée du pays. Mais cette action seule n’est pas suffisante. La jeunesse doit d’abord être habitée par le sentiment d’appartenance au pays, être fier d’être Burkinabè et surtout savoir que leurs actions détermineront l’avenir du pays.
Outre cela, une prise de conscience par la population africaine et surtout burkinabè de sa capacité à faire changer positivement sa société est salutaire. Si cette population prend conscience que c’est elle qui détient le pouvoir, que c’est elle qui peut élire ou destituer un quelconque dirigeant, cela sera une très grande avancée. Car tout chef d’Etat, qui pense que sans lui la terre s’arrêtera de tourner, réfléchira à plusieurs reprises avant de modifier un article de la Loi fondamentale.
Selon M. Sango, le seul des trois représentants burkinabè que nous avons pu rencontrer durant le séjour américain, le forum d’Obama revêt deux significations. La première est une forme de reconnaissance à un très haut niveau du travail que certains jeunes burkinabè font pour l’avancée de la démocratie au Faso.
La deuxième est de discuter de la vision de l’Afrique pour les 50 prochaines années et constituer un vaste réseau des jeunes africains et américains en vue de monter des projets communs au bénéfice des peuples d’Afrique et des Etats-Unis. Et pour ce faire, peu importe le bord politique de l’individu, seul son engagement citoyen compte.
La récompense au bout du compte
A cet effet, M. Sango pense que c’est son engagement pour un meilleur devenir de la société burkinabè qui a valu sa sélection par l’ambassade des Etats-Unis à Ouagadougou : "Je dois dire que dans ma génération, je fais partie de ceux qui animent le plus grand nombre de conférences et d’ateliers sur les questions de démocratie, de droits de l’homme et de liberté de la presse ". Ceci étant, il s’est dit offusqué par le fait que certains Burkinabè l’aient qualifié "d’opposant radical à Blaise " qui ira noircir le tableau de ce dernier une fois à DC. "Les Etats-Unis [n’ont] pas besoin de Sango pour apprécier la qualité de la gouvernance démocratique dans notre pays. Est-ce moi qui ai écrit le rapport du MAEP et le rapport du Collège des sages ? ", lance Sango, sur la défensive.
Nonobstant ce point sombre, Abdoul Karim Sango se dit heureux de voir son engagement pour son peuple reconnu par les Américains, même si dans le contexte burkinabè, les efforts des jeunes ne sont pas reconnus à leur juste valeur " par ceux qui ont l’illusion d’être puissants aujourd’hui " ou ces ministres qui se croient "tellement importants qu’ils n’ont pas votre temps ". Et pour lui, la récompense pour son engagement est le privilège qu’il vient d’avoir en rencontrant Obama : "Aujourd’hui, c’est le Président Obama qui m’ouvre les portes de la Maison blanche, qui me tend la main pour me saluer. Or, nos gouvernants doivent utiliser des lobbys pour accéder à la Maison blanche qui symbolise quand même l’idée de démocratie et de la liberté".


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