Burkina Faso : la ‘démocratie’ à la kalach

samedi 19 novembre 2011

"La Méningite de Koudougou’’ s’est répandue au Faso. La fièvre que cette nouvelle épidémie a engendrée suite à la mort suspecte de l’élève Justin Zongo le 20 février dernier, a gagné quasiment tout le pays. Blaise Compaoré, qui est passé « maître » voire « docteur honoris Causa » en médiations internationales a du mal à faire tomber la température dans son propre pays. Au contraire, la virulence du mal que ses propres agents ont créé se répand au Faso : grèves dans le monde scolaire et universitaires et ‘révolte’ des militaires.

Pendant près d’un quart de siècle, le pouvoir de Blaise s’est enrobé de gabegie et de népotisme. La démocratie a été crucifiée. Blaise ne se rappelle être dirigeant d’une démocratie que lorsque viennent les élections. Mais quand il s’agit de répondre aux besoins concrets d’une frange de la population, la réponse est tout autre chose. Ainsi lorsque des étudiants expriment leur colère face à leurs désastreuses conditions de vie et d’études, Blaise assimile leurs protestations à des manœuvres de déstabilisation.

L’État de droit doit s’appliquer à tous : aux citoyens et aux membres de l’Armée ! L’État doit bannir l’abus de pouvoir, l’arbitraire et l’arrogance des arrivistes. Des profiteurs qui gravitent autour de Blaise dont l’autorité, en tant que Premier Chef de l’Armée, s’est effritée. Et en tant que Premier Magistrat du Faso, le Chef de l’État assiste impuissant à la destruction de son pouvoir. C’est ainsi que de simples soldats se donnent le droit de soustraire des compagnons d’armes des décisions de justice, au nez et à la barbe de leurs supérieurs hiérarchiques. Pire, ils saccagent des symboles de l’État dont le Palais de justice dans au moins deux villes du pays. Ils pillent et prennent Ouagadougou et plusieurs villes secondaires en otage pendant plusieurs jours. Beaucoup de citoyens sentent souffler une fin de règne.

Au Faso, les arrivistes ont fait de la séparation des pouvoirs un vœu pieux, s’il est qu’ils avaient même fait un « vœu » ; et l’indépendance de la magistrature, une chimère. Conséquence : les Burkinabè n’ont pas confiance à la justice.

Pour exiger l’effectivité d’un État de droit, qu’ont les populations comme solutions si ce ne sont les armes des gens démunis : la rue et les cris ! De plus, ils crient mais leurs cris ne sont pas entendus. Et malheureusement, le peuple révolté casse et brûle pour que leurs gouvernants leur prêtent attention. Mais point d’attention.
Pour l’heure, l’espoir d’une justice qui monte dans le cœur meurtri des étudiants et de toutes les personnes déçues n’est pas une raison pour détruire les biens communs et privés. Certes les gouvernants burkinabè effrayés s’abritent derrière la démocratie pour condamner la colère de la population oubliant qu’ils en sont à origine. Pour les étudiants et élèves : fermeture des établissements. Et Face, à la désobéissance des militaires armés : aucune décision ferme. Aucune arrestation. Mieux, les militaires rebelles sont reçus par le président. Deux révoltes. Différentes réactions de la part du gouvernement. Encore une iniquité.

S’agissant de la révolte, les étudiants la voient comme la condition d’une vie meilleure, le début de la fin de l’oppression ; donc la liberté, le désir d’une société plus juste et humaine. Ces aspirations sont partagées par presque tous les Burkinabè. D’ailleurs, les syndicats de travailleurs et les commerçants ont annoncé une série de grèves. Presque tous les ingrédients d’une révolution se mettent en place.

Dans cette lutte, gagner la guerre de la démocratie, c’est mettre fin au pouvoir socio-économique fait d’impunité, d’injustice, de népotisme et voir émerger l’Etat de droit : c’est le désir d’une société libre, juste, et équitable. C’est un moindre mal pour ce pays qui a porté sa valeur première au cœur de sa dénomination : Burkina Faso.


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