Blaise Compaoré, les militaires, et les incivils

samedi 19 novembre 2011

Autant le Président Compaoré est rapide à répondre aux sollicitations armées d’une partie des Burkinabè, autant il est en manque d’imagination quand ces Burkinabè sont des civils.
« J’ai personnellement participé à deux coups d’Etat pour remettre aussitôt le pouvoir à un autre. Je n’ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m’y accrocherai pas. Ce sont les camarades qui décideront. Pour le reste, je fais confiance à notre peuple, » affirmait Blaise Compaoré, au lendemain de l’assassinat de son frère Thomas Sankara, dans Jeune Afrique n° 1400 du 4 novembre 1987. Près d’un quart de siècle plus tard, Blaise est toujours là ! Accroché au pouvoir. Pas intéressé au pouvoir ? Il rêve d’y rester encore longtemps puisqu’il prévoit une révision de la Constitution. Mais le peuple est là. Il veille.

Son estime d’antan pour son peuple n’est plus le même. D’ailleurs, cela est ressenti par le peuple. Le 4 avril dernier, au palais présidentiel de Kosyam, le Secrétaire général de l’Association des élèves du secondaire de Ouagadougou affirme avoir « constaté que [Blaise Compaoré] était étonné de ne pas être au courant de certaines situations que nous vivons. »

Qui est Blaise Compaoré : le Président d’un Etat de droit ? Vit-il réellement au Faso ? A-t-il effectivement été réélu à 80% sur un programme promettant « une société d’émergence » aux Burkinabè ? Lit-il les medias, surtout ceux du privé, (presse écrite, radio et télé), ne serait-ce que les organes de presse du pays qui, par chance, existent gratuitement et sont disponibles même en ligne ? Et qu’en dire des blogs, ces sites dont les capacités de mobilisation et de… ‘’nuisance’’ ont donné la preuve de leur succès, notamment dans le monde arabe ? Que lui servent ses amis les plus proches, les services secrets et ses conseillers ? Visiblement pas à grand-chose !

Blaise – comme on l’appelle « affectueusement » à Ouaga - semble avoir des préoccupations plus urgentes que celles de s’occuper de son peuple. Il a fallu que les 23 et 24 mars derniers que les militaires descendent dans les rues, armes aux poings, pour que le Chef de l’Etat porte son attention et communique avec les citoyens, dans l’urgence. Mais de la réponse apportée par l’ex-Capitaine qui s’y connaît en matière de mutinerie, pour l’avoir pratiquée en 1983, il ressort qu’il y a deux types de Burkinabè : les civils et les militaires.

Depuis ce jeudi 14 avril, la garde présidentielle a par les armes revendiqué ses indemnités de logement. Et évidemment, les autorités militaires et politiques ont vite fait de satisfaire ces exigences. Cela n’a néanmoins pas empêché les militaires à commettre des gestes détestables : viols, pillages, morts par balles...

De toute évidence, le traitement de leurs dossiers ne répond pas aux mêmes critères de célérité et d’avis favorable. Logique élémentaire : ils n’ont pas la même force de frappe, au double sens figuré et propre.

L’excuse de Blaise de n’être au parfum de rien n’est pas un fait nouveau. Il y a en la matière, un précédent fâcheux : l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987, à Ouaga. Au lendemain de l’exécution sommaire de ce frère et compagnon d’armes, dans une interview parue le 04 novembre 1987 dans le numéro déjà cité de Jeune Afrique, il affirmait : « Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute été un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m’ont fourni les détails de l’affaire, j’ai été découragé, dégoûté. Je suis resté prostré pendant au moins vingt-quatre heures. De plus, j’étais malade et dans mon lit quand les coups de feu m’ont réveillé. »

Des propos suscités, la stratégie de l’ex-Capitaine est de rejeter la tragédie sur son entourage. Depuis plusieurs années, le Burkina, dans le classement PNUD sur le développement humain occupe en permanence la queue. Certainement que le Président n’est pas au parfum de cela également et chercherait un bouc émissaire à cette situation.

La faim, l’injustice et l’impunité ont déjà provoqué plusieurs victimes de générations de Burkinabè, d’où les départs d’émeutes dans le pays depuis ces deux derniers mois.

Les Burkinabè veulent d’un leader qui les écoute, qui donne forme à leurs aspirations. Ils veulent d’un dirigeant qui construise le Faso sur un socle fait de justice, de liberté et d’égalité.

Les Burkinabè ne sont pas égaux devant la loi. Kalachnikovs aux poings, les militaires mécontents dictent leurs ordres au Chef de l’Etat et de l’Armée. Pire, Blaise fasse à la désobéissance de son armée plie. Il environ deux semaines de cela, la Chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Ouagadougou a ordonné la libération provisoire des cinq militaires condamnés de 12 à 15 mois de prison ferme pour « outrage public à la pudeur et vol ». Cette ‘’libération’’ est une façon pour le premier Magistrat du pays de mettre fin à la crise. L’indignité et ‘’l’à-plat-ventrisme’’ se trouve aussi dans le « camp » de certains CIVILS, dans ce cas précis, des « incivils » qui au détriment de l’égalité devant la loi ont fait libérer les cinq fautifs en question. Cette situation renforce le sentiment d’impunité. Elle crée un précédent : permettre à toutes les couches sociales d’exiger la satisfaction de leurs diverses doléances en utilisant des armes à feu.

Vivons-nous dans un Etat de droit comme le clament Blaise, Tertius, et autres ? D’ailleurs où sont passés ces tous ces éminents hommes politiques dont regorge le Burkina ? Depuis la première sortie armée des militaires en mars, ils se font bien silencieux face aux calvaires de la population, face à la dérive imposée par les militaires à l’État de droit. Cette opportunité manquée par la majorité des parties de l’Opposition aurait pu positivement renforcer leur image et les rapprocher du peuple.

Dans cette imbroglio, à défaut que leurs conditions de bien-être soient améliorées, les citoyens Burkinabè méritent au moins la paix sociale, celle-là qui permet de changer les dirigeants illégitimes et impotents et dont l’Histoire n’a même pas besoin de garder trace de leur passage sur Terre.


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