Affaire DSK : Une leçon de justice pour le Burkina

samedi 19 novembre 2011

Nombreux sont les Burkinabè qui se disent choqués par le fait que les mains menottées dans le dos, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, et diplomate, ait été arrêté le 14 mai dernier à New York.
Aux Etats-Unis, cette manière d’arrêter une personne est chose courante. Même les adolescents qui commettent des crimes n’y échappent pas. Au pays de l’oncle Sam, la loi est faite pour tous. Pour éviter d’être humilié de la sorte, le maire de New York, Michael Bloomberg, conseille : "ne commettez pas de crime."
DSK a été inculpé le 19 mai passé pour un probable viol commis sur une femme de chambre dans un hôtel Sofitel de Manhattan à New York. La chambre d’accusation de cet Etat a retenu sept chefs d’accusation contre DSK. La tentative de viol et d’agression sexuelle en font parties. En résidence surveillé, DSK sera entendu le 06 juin prochain. Si DSK est reconnu coupable, il risquerait jusqu’a 74 ans de prison. Aux USA, lorsqu’un individu commet un crime, toute son identité et même son adresse sont rendues publiques. "Notre système judiciaire fonctionne de manière à ce que le public puisse voir les auteurs présumés" affirme, Bloomberg. Toutefois, il faut souligner qu’en agissant de la sorte, la justice américaine se met au service de tous. Et c’est pour cela "que même une femme de chambre" se voit écouter et judiciairement assistée quand elle accuse une personnalité de l’avoir violée.

Au Burkina Faso, certains se disent horrifiés par ce qui arrive à DSK. Mais que pensent-ils que la victime ait vécu, si vraiment il ya eu viol ? Que pensent-ils que les victimes de viols perpétrés par les militaires courant avril au Burkina Faso aient vécu ? Un calvaire qui restera à jamais gravé dans leur vie.
Le 11 mai passé, lors de la fête de l’Europe à Ouagadougou, l’ambassadeur Amos Tincani de l’Union Européenne a souhaité que les coupables de ces viols soient identifiés et jugés.
Depuis mars dernier, le mouvement de mécontentement des militaires a rendu trop évident l’existence d’une justice à trois vitesses. Celle du militaire qu’une circulaire du ministère datée 1er avril 2011 interdit "à tout procureur général, à tout procureur du Faso" de juger. Celle des civils burkinabè. Et enfin celle de l’élite intouchable qui même jugée ne purgera nullement sa peine.
L’affaire DSK rappelle une autre qui a fait en 2007 la chronique au Faso à savoir l’affaire Ousmane Guiro, DG de la douane. "Le DG de la douane n’est pas n’importe qui" affirmait le ministre de la justice. Le juge d’instruction Stéphane Sory avait été désavoué par son ministre qui l’accusait de vouloir faire de la "justice spectacle."

Au Faso, on a tendance" à banaliser les délits et crimes sexuels. Mais au pays de Bill Clinton, la règle est tout autre. En 2007, Paul Wolfowitz a perdu son poste. Il avait été accusé de favoritisme envers sa compagne. Tiger Wood en 2010, Arnold Schwarzenegger ont connu de graves déboires en raison d’infidélité conjugale. Outre cela, le républicain Christopher Lee, homme marié, et membre du Congrès a du démissionner courant février 2011. Il avait envoyé l’une de ses photos sexy à une dame sur un site de rencontre. Le 3 mai dernier, un autre sénateur républicain, John Ensign a démissionné pour avoir pendant des années eu des relations extraconjugales avec l’épouse de son meilleur ami.
Si avec l’affaire DSK, certains Burkinabè découvrent avec malaise la réalité judiciaire d’une société démocratique, ils apprennent aussi qu’il n’y a nullement de privilège en la matière. Tout individu quel qu’il soit, est soumis aux normes et règles qui régissent la société. Pour l’heure, DSK est présumé innocent et il convient d’attendre sa version qui aucunement n’est, jusqu’à ce jour, connue. Certes, des versions contradictoires et de sources proches de la supposée victime occupent les Unes des medias dans le monde. Si les faits s’en trouvent avérés, il serait juste de compatir au sort subi par la victime et souhaiter que la justice passe. Dans le cas contraire, DSK aurait fait les frais d’une justice qui, selon Bloomberg, doit "se regarder dans le miroir et se dire qu’elle doit faire attention la prochaine fois."


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