Affaire Thomas Sankara, la France est-elle en train de lâcher Blaise Compaoré ?

samedi 19 novembre 2011

La démarche des parlementaires français aura également pour mérite de permettre au parlement français d’engager un débat sur l’histoire coloniale et néocoloniale de la France au Burkina Faso et de trouver des réponses à certains questionnements liés à l’affaire : “pourquoi Thomas Sankara a-t-il été assassiné ? Comment cet assassinat a-t-il été possible ? Quels rôles ont joué les services français et les dirigeants français de l’époque ?” Après les parlementaires burkinabè, 21 députés français ont introduit le 10 juin dernier une demande de création d’une commission relative à la recherche de la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara survenu en 1987. Parmi ces députés figurent, entre autres, Noel Mamère, Marie-George Buffet, Marie-Hélène Amiable, François Aseni.

En demandant la création de cette commission, ces députés voudraient permettre au monde entier de connaître, 24 ans après, les responsables de l’assassinat de Thomas Sankara. Leur objectif : faire éclater la vérité afin que justice soit rendue et “en particulier, faire la lumière sur l’hypothèse accréditant la mise en cause des services secrets français, compromis avec des militaires Burkinabé” dans cette tragédie ont affirmé les parlementaires dans une déclaration rendue publique.

C’est le 15 octobre 1987 qu’un commando du régiment de la sécurité présidentielle a assassiné Thomas Sankara et douze de ses collaborateurs. A la suite de cet assassinat, Blaise Compaoré, depuis, dirige le Burkina Faso.
La démarche des parlementaires français aura également pour mérite de permettre au parlement français d’engager un débat sur l’histoire coloniale et néocoloniale de la France au Burkina Faso et de trouver des réponses à certains questionnements liés à l’affaire : “pourquoi Thomas Sankara a-t-il été assassiné ? Comment cet assassinat a-t-il été possible ? Quels rôles ont joué les services français et les dirigeants français de l’époque ?”
Par rapport à la mort de Thomas Sankara, plusieurs sources indiquent l’ingérence de puissances étrangères. « Le piano fut accordé par les Américains et les Français. Il y avait un homme de la CIA à l’ambassade des États-Unis au Burkina qui travailla en étroit contact avec le chef des services secrets de l’ambassade française, eux ont pris les décisions les plus importantes » affirment les parlementaires français dans un communiqué. Le témoignage a été fait dans un documentaire italien diffusé sur RAI n° 3, le 15 juillet 2009, par un ancien proche de Charles Taylor.

L’action des députés français a été initiée grâce a une demande introduite par 12 députés burkinabè du groupe parlementaire « Alternance, Démocratie, Justice ». Cette démarche a eu lieu courant avril 2011. En juin dernier, l’épouse du défunt président, Mariam Sankara, écrivait à son tour aux parlementaires français pour soutenir la requête introduite par les Burkinabè. D’ailleurs, la démarche des parlementaires burkinabè a coïncidé avec la série de crises qui a fortement secouée le régime de Compaoré.
« Nous n’avons pas attendu que Blaise Compaoré soit en difficulté pour demander à la France d’ouvrir le dossier Thomas Sankara » affirme l’un des signataires de la requête, le député UMIR/PS Fidèle Kientéga. Il affirme que bien avant leur dernière action, de nombreuses tentatives d’enrôlement du dossier Sankara avaient été entreprises au plan national et international et à l’endroit de la France. Dans ce sens, il y a quelques années de cela, Me Sankara Bénéwendé, avocat de Mme Sankara avait adressé une lettre au Président de la République française. Dans cette lettre, il demandait l’ouverture des archives officielles afin de permettre la vérité sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara. Dans la même lignée, le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait enjoint les autorités burkinabè de rouvrir le dossier Thomas Sankara et de le juger. Ce qui n’a pas été fait. D’ailleurs, le Comité avait reconnu la violation de l’article 14 du pacte qui garantit l’égalité de tous devant les tribunaux par le Burkina Faso.
Conséquemment, Me Sankara a déclaré que l’idée de la requête parlementaire au près des français fait suite « au refus par l’Etat burkinabè de donner suite utile à la décision onusienne de 2006 ».

Si comme le dit le député Kientéga « à l’évidence et à l’expérience, les trônes des dictateurs sont en même tant des chapes sous lesquelles ils emmurent leurs indicibles dossiers de crimes économiques et de sang », il faut reconnaitre que l’engagement des députés français annonce un changement dans les rapports de la France avec Blaise Compaoré. Cette perspective est soulignée par le frère du défunt président Sankara, Paul Sankara. Du fait que le pouvoir de Sarkozi est impopulaire, cela crée des opportunités que divers acteurs saisissent pour s’exprimer et c’est ce qui est entre autres à l’origine de l’attention accordée par les parlementaires français à la doléance de leurs collègues du Faso, dit-il. D’ailleurs, Paul Sankara évoque les propos de Alain Juppé attirant les présidents africains sur les conséquences des longs règnes. Selon lui, ce qui s’est passé au Maghreb peut arriver à ceux qui se croient encore inamovibles.

Vacillements, il en existe également au près des députés de la majorité présidentielle. Même si aucun n’a signé ou ouvertement soutenu la démarche de leurs collègues du groupe parlementaire « Alternance, Démocratie, Justice », « plus d’un député nous a souvent fait part de son désarroi et son écartèlement de devoir se taire quand il veut s’exprimer sincèrement sur certains dossiers ou de devoir voter contre un projet de loi pendant que son cœur lui dicte le contraire » confie le député Kientéga.
Depuis 2009 et cela dans le cadre de l’initiative « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique », un collectif d’associations a récolté près de 6800 signatures. Son but : que le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU ré-ouvre le dossier Thomas Sankara. Cette initiative est soutenue par une quinzaine d’associations telles le CADTM, le réseau ATTAC Afrique, et des personnalités comme Jean Ziegler, Tiken Jah Fakoli.
Les députés burkinabè et français ont bon espoir que vérité et justice triompheront dans cette nouvelle procédure engagée.


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