Khadafi et Johnson-Searlif : L’insoumis rabaissé, la soumise nobélisée

samedi 19 novembre 2011

Selon les différents témoignages diffusés sur Aljazeera, le convoi dans lequel se trouvait Kadhafi a été détruit par un bombardement de l’OTAN. Le Guide capturé vivant comme le montre une vidéo filmée par un soldat du CNT était gardé dans un pick-up. La minute d’après, c’est un corps gisant sur le sol que des soldats du CNT traînent. Toujours sur Aljazeera, un soldat affirme que Khadafi a été tué avec un 9 millimètre. Il a reçu une balle dans la tempe. Moutassim, l’un des fils de Khadafi, d’abord capturé vivant, est également l’instant d’après mort.

Pour la France, l’Angleterre, les Etats-Unis et leurs alliés, le 20 octobre 2011 sera mémorable. Mais pour Sarkozy, celui-là même qui a orchestré la guerre du pétrole en Libye, cette date sera un double souvenir. La veille, son épouse Carla donnait naissance à une fille. Dans les médias, l’annonce de cet événement heureux a côtoyé celui malheureux advenu à Kadhafi. Mais c’est en homme digne que ce dernier est mort. Au début du conflit en février, il avait annoncé qu’il mourrait sur la terre qui l’a vu naitre : « Je ne fuirai pas, je ne quitterai pas mon pays et je me battrai jusqu’à la dernière goutte de mon sang ». Combien de personnes peuvent tenir parole lorsqu’il s’agit de faire fasse à la mort et surtout dans une situation injuste ? Sankara, tout en sachant qu’il devait payer de sa vie, a refusé de fuir son Faso. Khadafi, peu importe ce qu’on semble lui reprocher, est mort en martyr tout en respectant sa parole : rester en Libye quoi qu’il advienne. En effet, c’est à Syrte le 19 juin 1942 que naissait Kadhafi. Et il y a été assassiné sans que les politiques africains, excepté la population, ne s’indignent, certainement par peur de s’attirer la foudre des grandes puissances du jour. L’assassinat de Khadafi serait-il le chant du cygne qui annoncerait la fin de l’Union Africaine, (UA) quand on sait que l’homme voulait une Afrique unie et épanouie or ce dessein contrecarrait la volonté d’accaparement de l’Occident ? En application de la déclaration de Syrte du 9 septembre 1999, l’UA a été créée en 2002, à Durban en Afrique du Sud.

Les « terroristes de l’OTAN »
Avec les « terroristes de l’OTAN », comme l’a dit le président zimbabwéen Robert Mugabé, tuer devient un but en soi, et il est très inquiétant de voir que ce sont ces mêmes pays qui se disent chantres des droits humains qui célèbrent la mort d’un être humain. « Justice a été faite » avait lancé Barack Obama lorsqu’en février dernier il avait annoncé la « mort » de Ben Laden. L’Occident a célébré lorsque le corps meurtri de Khadafi a fait la Une de leurs medias. En Angleterre, nombreux sont les journaux, faisant du visage ensanglanté de Kadhafi leur Une, qui ont écrit « Ça, c’est pour avoir commis l’attentat de Lockerbie ». Quelle valeur humaine transmettre aux jeunes générations dans un monde qui se dit globalisé si l’Occident prompt à faire la morale aux autres foule aux pieds les valeurs humaines de dignité et du droit à la vie. La Russie, face à l’assassinat de Kadhafi, affirme que ce dernier aurait dû être considéré comme un prisonnier de guerre comme le recommande la Convention de Genève. Mais ce qu’aucun pays ne mentionne, c’est que cette guerre n’avait pas lieu d’être. Et certainement que Le Gabon et l’Afrique du Sud qui ont voté la résolution 1973 doivent maintenant se mordre les doigts : ils ont permis l’assassinat de l’un des leurs.

Dans la guerre injuste contre la Libye de Khadafi, en plus de la souffrance infligée au peuple par l’Otan avec ses différents bombardements, la vérité également en a pris un sérieux coup. Kadhafi, avec son pétrole, faisait partie des rares chefs d’Etat africains et du monde à ne pas tendre ou quémander de l’aide à l’Occident. La Libye, l’un des pays les plus riches d’Afrique a vu ses filles et fils se rendre en Occident pour étudier. J’en ai côtoyé un bon nombre dans les universités américaines et qui parlaient de leur pays où l’épanouissement intellectuel, économique, et social est possible même si la liberté d’expression n’existait pas comme en Occident. Et comment imaginer que des personnes disposant d’un système de santé gratuit, éducatif et social veuillent du jour au lendemain s’en défaire ? Certes, le mode de gestion du pays sous Khadafi n’était pas parfait, pas plus que celle de la France de Sarkozy ou de Obama ne l’est. Toutefois, Khadafi avait un mode de gouvernement qui lui permettait d’assurer le bien-être de son peuple, tout comme la Chine le fait.

La Lybie prospère
Kadhafi tué, les Occidentaux peuvent maintenant octroyer la quasi-totalité de l’économie libyenne à leurs multinationales jusqu’ici exclues et les Etats-Unis contrôler la manne énergétique dont dépend une grande partie de l’Europe et notamment la Chine. Cette recolonisation brutale du continent africain se fait maintenant par le biais de soi-disant missions humanitaires. Déjà, il y a déploiement de soldats américains en Ouganda, au sud-Soudan, en Centre-Afrique et au Congo. Les câbles diplomatiques américains rendus publics par Wikileaks mettent au jour le plan des Américains pour prendre possession du continent africain. Dans l’un des câbles, Dick Cheney parle de la « stratégie de défense » que les Etats Unis veulent utiliser pour dominer le monde.
L’assassinat de Kadhafi montre la volonté de l’OTAN de ne pas vouloir une justice pour Kadhafi. En le déferrant à la Cour pénale internationale, celle-ci n’aurait même pas été en mesure de le condamner pour crime contre l’humanité. Les médias-mensonges américains et français, pour salir à jamais sa mémoire, portent sur le fait qu’il a tué son peuple. Or jusqu’à présent aucune preuve dans ce sens n’existe. Un autre mensonge est que depuis que l’Occident traque la fortune des chefs d’Etat africains qui se sont illégalement enrichis, (Denis Sassou N’guesso, Omar Bongo, et Theodoro Obiang Nguema), jamais le Guide libyen n’a été cité et son nom mentionné. Aujourd’hui, pour le diaboliser, les medias occidentaux affirment qu’il a sorti plus de 200 milliards de son pays. Par rapport aux biens mal acquis, c’est plus tôt Sarkozy qui devait être mis en cause, lui dont la campagne 2007 a été financée par le Guide.

L’Occident assassine ceux qui lui résistent et fabrique des icônes
Si l’Occident assassine les héros africains (Khadadi, Sankara, et Lumumba), il fabrique également des icônes et leur décerne des belles palmes. Le 07 octobre dernier, Ellen Johnson Sirleaf partageait le prix Nobel 2011 avec sa compatriote Leymah Gbowee et la Yéménite Tawakkol Karman. Dans son rapport final, la Commission Vérité et Réconciliation, mise en place pour faire la lumière sur les exactions commises pendant la guerre civile de 1989 à 2003 au Liberia, cite Sirleaf, la première femme africaine élue présidente en 2005. Le rapport officiel a dénombré 250 000 morts, un million de réfugiés et plus d’un million et demi de déplacés internes. Ce rapport recommande d’écarter de toute fonction officielle pendant 30 ans toute personne dont l’action a contribué aux exactions. Or Sirleaf, selon la Commission a joué un rôle dans la guerre civile qu’a traversée le Liberia. Elle est citée comme ayant fait partie « des financiers et des leaders politiques » des différentes factions ayant pris part au conflit armé. Elle-même, devant cette Commission avouait avoir collaboré avec Charles Taylor de 1997 à 2003 et collecté des fonds pour lu venir en aide.

Egalement, elle avait déclaré qu’après un mandat à la tête du Liberia, elle ne se représenterait plus. Par la suite, elle se dédit et justifie son volteface par le fait qu’elle désire poursuivre son action de reconstruction du pays. Elle affirme avoir « réussi à remettre sur pied bon nombre d’infrastructures » comme les routes, la distribution de l’eau. Avec ce changement, les recommandations de la Commission vérité et réconciliation passent à la poubelle avec la connivence des Occidentaux. Confirmation : à quatre jours des élections présidentielles, Oslo lui offre un Prix Nobel de la Paix. Evidemment qu’à l’issue de l’élection du 11 octobre, elle dirigera encore le Libéria. Or les sondages, l’annoncent perdante. Sa gestion du pays est calamiteuse : le taux de chômage est très important : 80%. Le prix Nobel, a été bien sûr un coup de pouce à cette ancienne fonctionnaire de la Banque Mondiale.

Si les Etats-Unis pouvaient aider un pays africain à se développer, c’est bel et bien le Libéria créé en 1816 et en partie peuplé par des anciens esclaves américains. Par rapport au cas de Khadafi et d’Ellen Sirleaf, une conclusion peut être tirée. En Afrique comme partout ailleurs, il n’existe pas de DICTATEUR. Seul l’intérêt des Occidentaux définit ce concept. Ceux qui s’opposent à l’assouvissement de leurs desseins sont évidemment qualifiés de tyrans, dictateurs. Ceux qui leur sont dociles, peu importe leur popularité, leur bilan, sont les DEMOCRATES et AMI-E-S. Et en ce mois d’octobre, deux fils du continent ont fait la Une des médias du monde : Kadhafi qui a dignement tenu tête et Sirleaf, la soumise nobélisée.


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