6e forum de l’AGOA : Le Burkina Faso fait de la figuration

samedi 19 novembre 2011

Le 17 juillet dernier, au 6e forum de l’AGOA tenu sur le thème "L’Afrique prospère avec le développement du Commerce", le ministre du Commerce et de l’Industrie burkinabè, Mamadou Sanou, accordant une interview au journal L’Evénement, a affirmé ne pas, en ce qui concerne le Burkina Faso, "maîtriser le dossier de l’AGOA car cela fait 35 jours que j’ai été nommé ministre". Pourtant, ce dernier représentait le gouvernement burkinabè au Forum international. D’ailleurs, il a pris la parole, en tant que représentant du gouvernement burkinabè, devant les autres ministres venus de tous les quatre coins de l’Afrique et les décideurs gouvernementaux américains du monde des affaires, de la société civile et des secteurs privés concernant ce dossier. Pourquoi envoyer donc un ministre qui affirme ne pas maîtriser un dossier à une rencontre aussi importante que l’AGOA alors que des personnes compétentes maîtrisant le dossier AG0A existent et faisaient même partie de la délégation burkinabè présente à Accra du 16 au 19 juillet dernier ? Un problème de délégation de pouvoir certainement ! Si non, les personnes ressources, il y en avait : le directeur de la Maison de l’entreprise, le directeur de l’ONAC, le point focal AGAO, le directeur de la Chambre de commerce et d’industrie, le conseiller économique du Burkina à Washington.

Outre cela, le Burkina, pays frontalier du Ghana, était quasi non représenté à l’exposition qui se déroulait parallèlement au forum. A ce sujet, le ministre du Commerce burkinabè soutient que "Le coût des stands de 1 500 dollars soit environ 750 000 FCFA est cher pour nos opérateurs économiques d’autant plus qu’ils doivent prendre les frais de billets d’avion et de séjour en charge. De ce fait, ils sont très peu sensibles à ce genre de rencontre car ils voient qu’ils ne pourront pas rentabiliser leurs investissements, ce qui, à mon sens, n’est pas une bonne vision des choses parce que le plus grand bénéfice dans ce genre de participation, c’est beaucoup plus le contact que l’on noue et les partenaires que l’on se fait dans le monde entier".

Agir ensemble
Selon une source proche du ministère du Commerce et de l’Industrie, l’absence du secteur privé est due au fait que l’information n’a été donnée par la Chambre de commerce et d’industrie qu’une semaine avant le début de la manifestation. Il était difficile, dès lors, pour ces derniers d’être prêts à temps car le transport des produits et leurs conservations pour de telle manifestation demande des dispositions particulières. Informés tardivement, les opérateurs économiques burkinabè ne pouvaient donc pas participer à l’exposition. Même le Village artisanal de Ouagadougou, pourtant habitué aux rencontres de l’AGOA du fait qu’il a déjà exporté ces productions aux Etats-Unis, n’a pas pu être présent à Accra.

Comme le dit le ministre du Commerce et de l’Industrie même si "ce n’est pas à l’Etat de faire la promotion des produits mais au secteur privé", l’on croit que l’ONAC, vitrine des produits commerciaux du Burkina aurait pu rattrapé l’absence du pays à l’exposition. Des dires toujours du ministre, "L’Onac n’a pas les moyens financiers" d’une telle activité. "Néanmoins, nous sommes en train d’étudier la possibilité des stands pays lors de ce type de rencontre".

Le Burkina a été éligible à l’AGOA en 2005. Il a obtenu son visa définitif en 2006. L’AGOA est la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique. Elle est une loi américaine en vigueur depuis le 18 Mai 2000 et a trait à l’exportation des produits concernant l’agriculture, les textiles et vêtements, et l’artisanat. Elle incite, pour l’heure les 38 pays africains éligibles à poursuivre l’effort d’ouverture de leurs économies vers les Etats-Unis.
Cette loi est considérée comme une politique commerciale et de développement des pays d’Afrique au sud du Sahara. Somme toute, une récompense des pays qui font des efforts en matière de réformes économiques.

Pour le moment, les exportations du Burkina vers les Etats-Unis sont minimes. Selon une source officielle, elles concernent essentiellement le beurre de karité. Le Burkina Faso occupe le vingt neuvième (29e) rang sur les trente huit pays éligibles à l’AGOA. Il fait partie des 21 pays parmi les 38 qui ont amorcé le commerce avec les Américains. Des 38 pays, 12 tirent le peloton de tête. Ils exportent en grande majorité les hydrocarbures et les produits énergétiques. On les appelle les locomotives de l’AGOA. Ce sont entre autres le Nigéria, le Tchad, le Gabon… D’ailleurs bien avant l’AGOA, les Etats-Unis importaient du pétrole africain.

Certains pays africains ont bénéficié grâce à l’AGOA davantages indirects qui se mesurent essentiellement en termes de création d’emplois. C’est le cas au Kenya, au Lesotho, en Afrique du Sud avec l’industrie textile et automobile. 5 pays n’ont pas pu vendre de produits encore. Plus ou moins, le Burkina Faso commence à sentir les retombées de l’AGOA à travers la délocalisation. Une entreprise de fabrication de vêtements d’exportation qui achètera le coton burkinabè et le transformera sur place a déjà engagé des pourparlers avec le gouvernement burkinabè. Dans les normes, l’entreprise devrait être créée en août 2007. Le Burkina œuvre également à la création de zones franches afin d’attirer plus d’investisseurs étrangers.

Moderniser les entreprises
Pour l’heure, la difficulté pour le Burkina est de répondre à l’exigence des besoins américains. La demande américaine est trop forte alors que le Burkina a une faible capacité de production. Les entreprises encore plus ou moins artisanales, le manque de moyens financiers ne leur permettent pas de se développer afin de répondre aux exigences américaines. Selon Issaka Kargougou, membre de la délégation burkinabè à Accra et directeur de la Maison de l’entreprise, "il existe un plan de développement pour les entreprises afin qu’elles fassent face aux exigences. Mais ce plan n’existe pas en termes de subventions des équipements".
Au cours de ce forum, le gouvernement burkinabè a signé deux conventions (151 mille dollars et 320 mille dollars) avec l’Agence américaine pour le commerce et le développement (l’USTDA). Ces conventions devraient permettre de moderniser entre autres quelques secteurs de productions.

Outre ce contexte de faible productivité et de non modernisation des secteurs de productions, le Burkina, comme de nombreux autres pays éligibles a du mal à exporter les produits à cause de la rigoureuse barrière tarifaire américaine, du mauvais emballage des produits, du coût exorbitant des transports, des difficultés rencontrées lors de l’obtention des visas américains pour les activités commerciales.

Néanmoins, assure Issa Benjamin Baguian, conseiller économique de l’ambassade du Burkina Faso à Washington, et membre de la délégation burkinabè à Accra : "Le respect des contraintes imposées par l’AGOA est une bonne chose pour le Burkina. Cela nous permet d’être exigeant, rigoureux et de changer notre façon de faire car les Burkinabè ont également besoin de produits de qualité". Somme toute, être éligible à l’AGOA est un label car les critères d’éligibilité sont conditionnés par la bonne gouvernance et de l’assainissement du climat des affaires, ce qui rend le pays attrayant pas seulement pour les Etats-Unis mais pour le monde entier.

Concernant la résolution des difficultés suscitées, les représentants africains ont proposé d’utiliser les ambassades pour entamer des consultations en vue de la révision des barrières tarifaires, d’établir un partenariat avec les Etats-Unis afin de faciliter l’investissement direct ; d’élargir la gamme des produits d’exportations, beurre de karité, noix de cajou, de palme à huile, fécules de manioc entre autres.

L’intérêt d’une telle rencontre réside dans le fait qu’elle regroupe l’ensemble des acteurs de l’AGOA pour faire le point de la mise en œuvre de l’accord, examiner l’évolution et l’impact de l’AGOA sur les échanges commerciaux, inventorier les difficultés rencontrées, envisager des solutions et dégager des perspectives.

Le Forum de l’AGOA se tient une fois par an et de manière alternative sur le continent africain et aux Etats-Unis d’Amérique. Le Kenya a demandé à organiser le forum de 2008


Actualités Burkina-ntic